22 mai 2013

Le cercle de Covarrubias





Les presses universitaires du Texas ont édité The Covarrubias Circle en 2004, autour de la collection du photographe Nickolas Muray composée pour l’essentiel d’œuvres de Miguel Covarrubias.
Muray est né en 1892 en Hongrie sous le nom de Miklós Mandl, il émigre à New York en 1913, collabore au Harper’s Bazaar, à Vogue, à Vanity Fair et est resté célèbre pour un portrait emblématique de Frida Kahlo, éminente figure de ce « cercle » à haute teneur mexicaine.





Vanity Fair, mai 1925


De gauche à droite : Riche patron, auteur dramatique, poète, cubiste, actrice et éditeur, 
et, au premier plan : socialiste et rédactrice
Vanity Fair
, mai 1925



« Quon puisse être vu avec tant de facilité par un garçon de vingt ans, par un Mexicain, un ressortissant dun pays pour lequel nous avons de la condescendance depuis un siècle ou deux, un émigré et un païen, est une pilule bien amère, mais salutaire. »
Ralph Barton, New York Herald Tribune, 1925



Paul Whiteman, ca. 1924


William Faulkner, à propos de Sanctuaire, 1932



La Hongrie est aussi le pays du sabre, et Nickolas Muray représenta les États-Unis dans cette discipline aux Jeux olympiques de 1928 et 1932 où ses ex-comptriotes Ödön Tersztyánsky et György Piller emportèrent la médaille d’or.



Miguel Covarrubias, Nickolas Muray, ca. 1927


19 mai 2013

Les dessous de la Revue nègre


Il y a quelque temps, grâce à un article de Kevin Labiausse, j’évoquais le plagiat supposé opéré par Paul Colin vis-à-vis de Miguel Covarrubias : http://plusoumoinstrente.blogspot.fr/2013/03/revue-negre.html
En parcourant la page facebook Miguel Covarrubias, je n’ai pas tardé à en retrouver la preuve, effectivement issue de Negro Drawings, monographie de Covarrubias publiée en 1927 par Alfred A. Knopf, et préfacée par Ralph Barton. Mais un mystère demeure : l’affiche de Paul Colin date de 1925 et le livre de 1927, ce qui laisserait entendre que ces dessins-là (pas seulement Jazz Baby) avaient déjà circulé plus tôt.
Pour nous éclairer en partie, Wendy Wick Reaves* écrit : Depuis son arrivée à New York en 1923, Covarrubias […] a publié son travail dans Vanity Fair et autres périodiques, exposé des dessins au Whitney Studio Club, et conçu les décors de “La Revue Nègre”, la revue jazz qui a ébloui Paris avec Josephine Baker en vedette.

* Conservateur du département de peintures et dessins à la National Portrait Gallery, Smithsonian Institution. 


Miguel Covarrubias, Jazz Baby, 1924




1925


Negro Drawings : Poseur

Negro Drawings : Comédien

16 mai 2013

Patterson le magnifique










Dans son introduction de Top Hats and Flappers, The Art of Russell Patterson paru chez Fantagraphics Books en 2006, Armando Mendez situe Russell Patterson (1893-1977) parmi ses confrères dessinateurs du Jazz Age qui enchantaient les pages de Life, du Harper’s Bazaar, de Vanity Fair et du New Yorker : Il n’y a aucun doute que dès 1926, Patterson était si fort qu’il fallut compter sur luiil a rapidement supplanté John Held, Ralph Barton et Miguel Covarrubias comme le dessinateur le plus populaire publiant dans les magazines majeurs. Et puis, comme le notait leur cadet Al Hirschfeld, “Les jupes courtes ont disparu, les jupes longues sont arrivées. John (Held) ne pouvait pas dessiner ces jupes-là, cest donc Russell Patterson qui a pris le boulot”. 
Et Milton Caniff considérait que Patterson, davantage encore que Scott Fitzgerald et John Held Jr., symbolisait cet esprit de l’entre-deux-guerres : “He had the flair. He had the touch.”
Cependant, contrairement à Fitzgerald, il est bien difficile d’entrevoir dans les dessins foncièrement légers et optimistes de Russell Patterson la dimension mélancolique de cette époque, en deçà de la crise de 1929. 



7 mai 2013

Menschen am Sonntag






Menschen am Sonntag (Les Hommes le dimanche) étant désormais dans le domaine public, plus de risque, comme il y a quelque temps, de le voir disparaître de ce blog dont cette merveille est une des principales raisons d’être (si ce n’est un manifeste).
Séance à toute heure, la semaine comme le dimanche : http://www.youtube.com/watch?v=2D9W2zfZPps


Extraits de Robert Siodmak, le maître du film, d’Hervé Dumont (L’âge d’homme) http://books.google.fr/books?id=5yINfa2B6mIC&pg=PA31&lpg=PA31&dq=menschen+am+sonntag#v=onepage&q=menschen%20am%20sonntag&f=false

1 mai 2013

Dr. X



Otto Dix


Le lien évident avec les photographies d’August Sander n’est bien entendu pas fortuit.

28 avril 2013

Herbert Marxen



Le prince de Galles pour lunification de la mode vestimentaire masculine,
Herbert Marxen, Jugend, 1930


Né à 1900 à Flensburg dans le Schleswig-Holstein, contributeur occasionnel du Simplicissimus en 1929 et 1930, et très régulier du Jugend entre 1928 et 1932, Herbert Marxen ne renia pas ses convictions antinazies qui lui valurent en 1938 de voir la Gestapo dévaster son atelier, son travail confisqué, et d’être exclu de la chambre des beaux-arts du Reich. Il meurt brusquement en 1954 avant davoir obtenu réparation. 



Politique et théâtre : Forte cote de Napoléon, Herbert Marxen, Jugend, 1930



Septembre, mois des récoltes, mois des impôts : Razzia automnale des agents du fisc, Herbert Marxen, Jugend, 1930



100 acheteurs pour un tableau ancien, 100 tableaux récents cherchent après un acheteur, 
Herbert Marxen, Jugend, 1930



Haute trahison légale : « Et quand ont-ils lintention de faire rouler des têtes, M. Hitler ? »
Herbert Marxen, Jugend, 1930 



 Scholz en mauvaise posture, Herbert Marxen, Jugend, 1930
 Ernst Scholz, alors président du groupe DVP au Reichtag



 Entrée des plagiaires : Dans la revue « Avec des plumes d’emprunt », Herbert Marxen, Jugend, 1930



 Effet de perspective :  « Pourtant de mon point de vue notre Duce est le plus grand. » 
Herbert Marxen, Jugend, 1930



 Soulèvement en Indochine : le calme a été rétabli,  Herbert Marxen, Jugend, 1930



Lhomme en entier, Herbert Marxen, Jugend, 1930



Pensées du mercredi des Cendres : qui se remet des effets du carnaval. Herbert Marxen, Jugend, 1931

26 avril 2013

Sur les traces de Machek



Se présenter, Anton Machek


Anton Machek était natif de Salzbourg, il y est mort le 16 octobre 1944 sous les bombardements. Nikolaus Schaffner, dans sa monographie publiée par le musée de cette même ville, évoque le Magischen Realismus à son propos, du côté des écrivains Leo Perutz et Gustav Meyrink. Il est resté — malgré lui ? — dans une sorte de discrétion provinciale, à l’écart des courants dominants tant en peinture que dans le dessin satirique, bien qu’il fût contemporain du mouvement surréaliste. Bruno Schulz ne fut-il pas aussi un artiste provincial confiné à Drohobycz ?
Les scènes hivernales furent un des thèmes que Machek visita à l’envi, les traces dans la neige, les jeux sur la glace et autres fantaisies de ces temps joyeux et inquiétants.
http://plusoumoinstrente.blogspot.fr/2013/04/kafka-et-son-double.html


Nuit de la saint Sylvestre, Anton Machek


Loups, Anton Machek, Jugend, 1927


Conseil de révision (verdict de Paris), Anton Machek




24 avril 2013

Masereel à la plage



Plage, Frans Masereel, Jugend, 1930

Le Jugend publia une dizaine de travaux de Frans Masereel entre 1928 et 1931. Si la plupart sont dans une veine qui lui est caractéristique, l’esprit de la revue, plus de trente ans après son manifeste Jugendstil, permettait qu’y soient présentées d’autres facettes — de même que dans les mêmes pages Max Beckmann, Alfred Kubin et Otto Dix côtoient autant des artistes plus confortables que des caricaturistes mordants ou narquois, à l’abri de couvertures toujours séduisantes (du moins en apparence). 
L’aquarelle ci-dessus nous rappelle que Masereel est né à Blankenberge, sur la côte de la mer du Nord entre Knokke et Ostende, et elle participe à la quantité impressionnante de scènes de plage dans les revues allemandes. 


Frans Masereel, Jugend, 1928



Le couple, Frans Masereel, Jugend, 1930



Jeune fille, Frans Masereel, Jugend, 1930


21 avril 2013

L’éphémère couleur du ciel


Sans ces quatre dessins, tous publiés en 1930 dans le Jugend, que resterait-il de Georg Himmelfarb et de son œuvre ?


Première fois dans la grande ville, Georg Himmelfarb, Jugend, 1930



Port de Milazzo, Georg Himmelfarb, Jugend, 1930



Printemps dans le sud ensoleillé, Georg Himmelfarb, Jugend, 1930



Caramba ! Vous en avez après notre vie ? 
— Non, mais les pneus Brown & frères sont les plus durables. 
Georg Himmelfarb, Jugend, 1930

18 avril 2013

Kafka et son double



La chambre dhôtel, Anton Machek, Jugend, 1930

Les traces d’Anton Machek (1886-1944) sont rares, camouflées de surcroît par un homonyme (voire un parent) peintre de la première moitié du XIXe siècle, sinon qu’il collabora au Jugend une vingtaine de fois entre 1927 et 1932 et que Nikolaus Schaffer lui a consacré un livre en 1986.



Paganini, Anton Machek, Jugend, 1929

N’est-ce pas curieux qu’il illustrât un texte de Hans Kafka, ce Kafka-là, né en 1902 à Vienne, ayant publié une dizaine de textes dans le Jugend entre 1927 et 1929 avant de s’exiler en 1933 vers l’Amérique, précisément à Hollywood où il fit carrière.



Le préparateur, Anton Machek, Jugend, 1929


Imagination schizophrénique, Anton Machek,  Jugend, 1929


 Le cercueilAnton Machek, Jugend, 1929


Pluie davril, Anton Machek, Jugend, 1930