1 février 2016

Les ciseaux de Wiggin







Aucune trace de Wiggin, auteur de ces couvertures du Literary Digest, magazine new-yorkais fondé en 1890 par Isaac Kaufmann Funk, qui vit son audience s’effondrer en grande partie à cause de ses calamiteuses prédictions concernant l’élection présidentielle, comme celle prévoyant la victoire du gouverneur du Texas Alfred Landon en 1936, contrairement à Gallup nouvellement créé annonçant la nouvelle victoire de Roosevelt, ce qui imposa les sondages d’opinion fondés sur des échantillons représentatifs. Les couvertures de Wiggin en 1936 ne parvinrent pas à enrayer ce déclin qui s’acheva en 1938 quand il fut absorbé par The Review of Reviews.













n°494

20 janvier 2016

La jeunesse de la musique ancienne



Arnold Dolmetsch, 1932



Si le renouveau de la musique ancienne doit beaucoup à Alfred Deller, Gustav Leonhardt ou Nikolaus Harnoncourt et leurs ensembles respectifs fondés dans les années cinquante, initiant un irrésistible bouleversement, Arnold Dolmetsch (1858-1940) avait compris bien auparavant que la musique Renaissance et baroque devait être redécouverte, reconsidérée, et pour celle qui était encore jouée, que les interprétations se départissent des usages accumulés au XIXe siècle selon les codes romantiques. 










n°493

17 janvier 2016

Joseph Constantinowsky, alias Joseph Constant



Joseph Constant, La garde rouge, 1920


Les jours passent. Nous courons partout, recommandés à l’un, à l’autre. Et mon frère reste dans la cave, et sa femme se promène durant des heures. Elle se promène tantôt sur le trottoir à côté de la fenêtre, tantôt chassée par une brute, sur le trottoir opposé. Mon frère lui siffle les chansons qu’elle aime. Sur le fin visage de sa femme les larmes coulent, elle ne les sent pas et elle ne les essuie jamais. Derrière cette grille se trouve le seul être proche qui lui reste, après les massacres. Elle porte sur son visage une tristesse très vieille, surtout à cause de ses yeux ronds et ouverts dans lesquels luit toujours un effroi.
Vraiment, elle devrait être bien touchante dans ses allées et venues, en ces matins d’automne noir (elle lui apportait du thé), en ces jours pluvieux et froids, en ces soirs sombres et affairés. Les soldats qui gardaient la porte de la Sigourantza fermaient les yeux quand elle s’arrêtait à la grille.



Joseph Constant, Femme assise, 1923



Oui, je le sais, chaque mur chaque pierre de la chaussée est un traquenard, chaque homme est un traître, chaque mot une perfidie. Mais que faire ? Ne vaut-il pas mieux vivre par minutes, par parcelles de minutes. J’ai les pieds étendus, ils se reposent, je suis heureux. Et je ne me souveins de rien. Nous passons, nous passons. Sur les vitres poisseuses passent de sombres images, passent des maisons plates ; elles se développent, s’enfuient vers la nuit et se referment, leurs fenêtrees clignent ; puis des clos, des champs tristes et noyés ; des villages sombres dorment enfoncés dans les trous et ensemble tout le paysage s’en va de biais, court vers l’horizon noir. Des champs froids courent couverts de gelée, les forêts endormies et humides dansent en cercle, entourent les collines et nous les lancent dénudées du fond de leur froid nocturne. Mais toute cette solitude glaciale elle est dehors, nous, nous ne faisons que passer, enfermés dans notre chaleur. Quelle force, quelle Sigourantza peut nous arracher de notre cage volante. Nous sommes enfermés dans une citadelle de paix qui nage si doucement, comme si nous ne vivions plus, comme si la vie s’était soudain arrêtée.
Nous glissons comme s’il n’y avait rien derrière nous et comme si rien ne nous attendait devant. Nous ne faisons que glisser, que passer, sans poids, sans résistance.
Michel Matvéev, Les Traqués





Se reporter à la précédente publication pour fondre en seule personne Michel Matvéev, Joseph Constantinowsky et Joseph Constant : http://plusoumoinstrente.blogspot.fr/2016/01/joseph-constantinowski-alias-michel.html



N°492

13 janvier 2016

Joseph Constantinowski, alias Michel Matvéev







Dans Fuite et fin de Joseph Roth, Soma Morgenstern rapporte une conversation tenue en 1934 où il fut question de son premier roman, Le Fils du fils prodigue, dont il présente le manuscrit à son vieil ami afin qu’il en soit le premier lecteur. 
« […] N’attends pas de moi des éloges de copain. J’espère que ce sera aussi bon que Les Traqués de notre ami Constantinowsky. »
Dans une note en bas de page, Joseph Constantinowsky est présenté comme « issu d’une famille mi-russe mi-juive d’Odessa, sculpteur, peintre et  écrivain. En 1934 il se lia d’amitié avec Joseph Roth dont il était l’aîné. Il vivait à Paris où eut lieu sa première exposition en 1935. Il écrivait en yiddish. En 1933, il publia chez Gallimard, sous le nom d’auteur Michel Matvéev et en traduction française, le roman Les Traqués qui décrit le pogroms antijuifs en Russie et en Roumanie. »  Cependant, il est né à Jaffa (en Palestine ottomane) en 1892 et mort à Paris en 1969. Les Traqués est directement écrit en français. 

Dans sa biographie de Joseph Roth, David Bronsen cite les propos quil a recueillis de Constantinowsky (alors devenu Joseph Constant) : « Quel homme, Roth ! Il a dû encore faire des plaisanteries sur son lit de mort ! Parce quun jour je lui avais dit quil ressemblait à mon père, chaque fois quil me présentait à quelquun il se faisait passé pour mon père, bien que je fusse le plus âgé. »







Intrigué, je me renseigne sur la disponibilité de ce roman en consultant internet. Un est en vente pour un peu moins de 10 euros. Il sera expédié de Dol-de-Bretagne. Deux autres le sont sur Abebooks.
Cet exemplaire est dédicacé à François Berge, sans doute un critique littéraire. Il contient le communiqué de presse rédigé par Pierre Morhange, poète, ami de Joseph Roth qu’il accompagna souvent au café Le Tournon. Après la mort de Roth, il écrivit un poème sur son ami.







Le livre n’est pas coupé, ce qui accuse ledit dédicataire dune indélicatesse qui était déjà monnaie courante depuis longtemps à l’époque
Pour le lire, il me reste à couper avec les précautions dusage les pages de ce vieux livre neuf, sans exiger quil soit « aussi bon » que le roman de Soma Morgenstern — qui est un chef-dœuvre (plus encore en tenant compte de toute la trilogie).






n°491

1 janvier 2016

Café viennois






Joseph Roth, Soma Morgentern et Robet Musil à Vienne, au Café Museum, 1929-30

— Je ne suis pas un penseur. Soma m’a poussé à lire une théorie du roman de Georges Lukács. Pour lui faire plaisir, j’ai essayé. Je me suis laissé torturer deux pages durant. J’en suis quitte avec ce livre. Mais Soma tient aussi Kafka pour un grand écrivain. Kafka est un écrivain pour écrivains.
— On a déjà dit ça de Brahms : un compositeur pour compositeur, intervins-je.
— Tu me prônais Kafka quand il vivait encore et que pas un de ses grands « romans» n’était connu. Tu es incurable. Mais ses grands romans sont-ils des romans ?
— Pour être exact, peut-être non ; mais ce sont les œuvre d’un grand écrivain, d’un écrivain exceptionnel. 
— Morgenstern et moi avons eu une discussion sur Kafka il y a sept ou huit ans, dit Musil. J’avais beau ne pas partager son opinion (avant la découverte de tous les inédits laissés par Kafka), j’ai quand même accordé à notre ami Morgenstern qu’il s’agit d’un écrivain très singulier.

Soma Morgenstern, Fuite et fin de Joseph Roth 


n°489


25 décembre 2015

Errance en France



Soma Morgenstern par Bil Spira, Café le Tournon, Paris 1939




Dans le cimetière de la petite ville d’Angers, le 3 juillet 1940, on a enterré le cadavre d’un jeune homme que personne ne connaissait dans la région. Il avait été l’un des innombrables réfugiés que l’on pouvait voir en ce temps-là dans les rues, sur les routes, dans les villages et les villes de France, femmes de la guerre éclair, projetés çà et là par la maladie, l’épuisement et la faim. Des millions d’êtres humains fuyaient vers le sud. Le jeune homme avait passé la nuit en plein air à proximité de la petite ville et n’avait été retrouvé mort que le lendemain vers midi, à l’endroit où il s’était couché pour dormir.

Ainsi débute Errance en France, le roman que Soma Morgenstern écrivit à Marseille et à Casablanca entre 1940 et 1941 (et le mettre définitivement en forme à New York en 1952), sur la route de son exil qui se poursuivait depuis l’Anschluss. Curieusement, le narrateur est chrétien et se nomme Petrykowsky, Ukrainien ou Polonais selon les circonstances historiques qui sont au cœur de l’œuvre de Morgenstern, et bien sûr Viennois ; un de ses amis se nomme Morgenroth, comme si Joseph Roth accompagnait Morgenstern par-delà la mort.








n°488

13 décembre 2015

Suite espagnole avec chapeau obligé



Roberto (Roberto Gómez), Guttiérrez, juillet 1927



Roberto (Roberto Gómez), Guttiérrez, 1928





n°487

8 décembre 2015

Le coup du sombrero



K-Hito (Ricardo García López, 1880-1984), Guttiérez, 24 décembre 1927 


K-Hito (Ricardo García López, 1880-1984), Guttiérez, 24 décembre 1927 
n°486

4 décembre 2015

Marches espagnoles



Alonso, Nuevo Mundo n°1774, 28 janvier 1928



Buen Humor n°380,  1921



Tono (Antonio Lara de Gavilán), Guttiérez, 1927 


n°485


1 décembre 2015

Les Irresponsables



(attribution hypothétique du dessin : Gregor Rabinovitch)




« […] nous sommes un peuple épris d’infini, et c’est pourquoi nous sommes le peuple de la mort, tandis que les autres sont demeurés dans le fini, l’esprit mercantile et l’esprit de lucre, soumis au mesurable, parce qu’ils veulent connaître seulement la vie et non la mort, et s’ils paraissent facilement pouvoir se dépasser eux-mêmes, ils se montrent cependant incapables de rompre les limites du fini. Il faut, pour leur salut, que nous leur infligions la sanction de l’infini qui porte en elle la mort. » 







« Une déclaration de guerre véritable à la présence et au présent apocalyptiques du monstre, voilà le nouvel appel à la responsabilité, dont nous aurons à reconnaître la valeur absolue, en acceptant lordre de soulèvement actif contre le mal. Ceci nous éloignera à la fois de la bonté sotte et mensongère dun pacifisme sans condition et de la joie combative, sotte et honnête qui approuve et réclame le sang répandu en faveur ses générations futures et de leurs rêves, et se comporte elle-même de la sorte de façon bestiale. »


Les Irresponsables est le dernier roman de Hermann Broch, publié en 1950, un an avant sa mort.

Le roman, écrit-il en présentation, décrit des situations et des types allemands de la période préhitlérienne. Les personnages choisis pour les représenter sont dépourvus de convictions politiques. Dans la mesure où ils en ont, ils flottent dans le vague et le nébuleux. Aucun d’eux n’est directement “responsable” de la catastrophe hitlérienne. C’est pourquoi le livre s’appelle Les Irresponsables. C’est, malgré tout, dans cet état d’âme que le nazisme a puisé sa vraie force.

À propos des Somnambules : http://plusoumoinstrente.blogspot.fr/search/label/Hermann%20Broch



n°484

10 novembre 2015

Judge & Life









Ralph Barton est un des principaux acteurs de ce blog. Je vous invite à cliquer sur son nom dans le « nuage où & qui » où il se distingue facilement.  



n°483