31 octobre 2012

D’après des dessinateurs américains


Après Töpffer, Karl Arnold se souvient de ses aînés américains, en mettant les rieurs de son côté.  


Karl Arnold, Simplicissimus, 20 septembre 1922
Mutt and Jeff, Bud Fisher, 
Jiggs and Maggie (La famille Illico), George McManus, 
Katzenjammer Kids, Rudolph Dirks (allemand de naissance) et Katzenjammer Kids, Rudolph Dirks
Happy Hooligan, Frederick Burr Opper
Little Jimmy, James Swinnerton



30 octobre 2012

Quand Karl Arnold découvre Töpffer

En 1915, dans une lettre à son frère Max postée de Lille, Karl Arnold parle de sa lecture d’une monographie de Rudolph Töpffer par Ernst Schur, parue trois années plus tôt, à Berlin, chez Bruno Cassirer.



« Die Töpffer Monographie ist sehr gut zu lesen. Aber vom Bilderroman «Eine Reise in Zick-Zack» habe ich bis jetzt noch nicht gelesen — ob der «Entdecker» Schur davon nichts weiß? Ich sah das Buch (die Wiedergabe der Zeichnungen war der Holzschnitt) damals in Paris. Es war mir zu teuer. Nun fand ich es ja bei Hugendubel (15 M) […]. Ich verstehe den Töpffer viel besser — er gefällt mir mehr als damals — ich habe jetzt beim Ansehen der Zeichnung wirklich viel Freude. — Ich habe übrigens oft bemerkt, daß Du eine bessere Nase hast in solchen Dingen — ich bin da schwerfälliger — wohl «beruflich behindert» — Mich wundert übrigens, daß Schur den Pascin nicht herangezogen hat in seinen Gegenüberstellungen (Busch u. s. w.). Diese Vergleiche hinken immer, find ich — sie sind schön zu beweisen — aber ein Anderer kann auch schön das Gegenteil beweisen. Aber sonst ist das Buch sehr sachlich. »*

Karl Arnold, Simplicissimus, 1918

Karl Arnold, Simplicissimus, 1918

* La monographie de Töpffer est une excellente lecture. Mais je n’ai pas pu lire encore son roman graphique Voyage en zig-zag — saurais-tu quelque chose sur Schur, son « découvreur » ? J’avais vu le livre (la reproduction des dessins est en gravure sur bois) à lépoque à Paris. C’était trop cher. Tout récemment, je l’ai trouvé bien meilleur marché chez Hugendubel (15 M) […]. Je comprends beaucoup mieux Töpffer — il me plaît davantage qu’avant — j’ai maintenant un vrai goût à observer son dessin. — D’ailleurs, j’ai souvent remarqué que tu as un bien meilleur nez que moi sur de telles choses — j’ai du mal — et « coincé professionnellement » — Je suis surpris que Schur n’ait pas pensé à Pascin dans ses juxtapositions (Busch, etc.). Ces comparaisons ne sont jamais parfaites, je trouve — elles sont jolies pour la démonstration — mais quelqu’un d’autre peut de la même façon démontrer le contraire. Mais sinon, le livre est très objectif.


26 octobre 2012

Walt et Walter






Rêvons que Walter Benjamin ait pu connaître cette forme première, au commencement si peu « mécanisée ».  

«  […] Ainsi, dans l’antique vérité hératiclienne — les hommes à l’état de veille ont un seul monde commun à tous, mais pendant le sommeil chacun retourne à son propre monde — le film a fait une brèche, et notamment moins par des représentations du monde onirique que par la création de figures puisées dans le rêve collectif, telles que Mickey Mouse, faisant vertigineusement le tour du globe.
Si lon se rend compte des dangereuses tensions que la technique rationnelle a engendrées au sein de léconomie capitaliste devenue depuis longtemps irrationnelle, on reconnaîtra par ailleurs que cette même technique a créé, contre certaines psychoses collectives, des moyens dimmunisation, à savoir certains films. Ceux-ci, parce quils présentent des fantasmes sadiques et des images délirantes masochistes de manière artificiellement forcée, préviennent la maturation naturelle de ces troubles dans les masses, particulièrement exposées en raison des formes actuelles de léconomie. Lhilarité collective représente lexplosion prématurée et salutaire de pareilles psychoses collectives. Les énormes quantités dincidents grotesques qui sont consommées dans le film sont un indice frappant des dangers qui menacent lhumanité du fond des pulsions refoulées par la civilisation actuelle. Les films burlesques américains et les bandes de Disney déclenchent un dynamitage de l'inconscient [11]. Leur précurseur avait été l'excentrique. Dans les nouveaux champs ouverts par le film, il avait été le premier à s'installer. Cest ici que se situe la figure historique de Chaplin. »


note [11] : « Il est vrai quune analyse intégrale de ces films ne devrait pas taire leur sens antithétique. Elle devrait partir du sens antithétique de ces éléments qui donnent une sensation de comique et dhorreur à la fois. Le comique et lhorreur, ainsi que le prouvent les réactions des enfants, voisinent étroitement. Et pourquoi naurait-on pas le droit de se demander, en face de certains faits, laquelle de ces deux réactions, dans un cas donné, est la plus humaine ? Quelques-unes des plus récentes bandes de Mickey Mouse justifient pareille question. Ce qui, à la lumière de nouvelles bandes de Disney, apparaît nettement, se trouvait déjà annoncé dans maintes bandes plus anciennes : faire accepter de gaieté de cœur la brutalité et la violence comme des caprices du sort. »

Walter Benjamin, L’Œuvre dart à l’époque de sa reproduction mécanisée 
(version de 1936, traduction : Pierre Klossowski) 

23 octobre 2012

Dürer et l’Art moderne


Karl Arnold, numéro spécial Dürer du Simplicissimus, 9 avril 1928, à l’occasion des quatre cents ans de sa mort. 
« De toute ma vie je n’ai rien vu qui réjouisse mon cœur comme cette chose. »

Fondé en 1910 à Berlin, Der Sturm était l’emblème de la modernité en art. 
En novembre de la même année, Karl Arnold exposa ses œuvres à la galerie d’art moderne Wertheim de Berlin, sous le titre de Gemüt in Zeitlupe (L’esprit au ralenti).

Quatorze ans plus tôt, Karl Arnold confrontait déjà l’Ancien et le Moderne.

Karl Arnold, Simplicissimus, 26 janvier 1914

Karl Arnold, Simplicissimus, 16 févier 1914


19 octobre 2012

Le cinéma d’Arnold



Une star en détresse devant l’arrivée du cinéma parlant, Karl Arnold, Simplicissimus, 18 février 1929


Karl Arnold, Simplicissimus, 7 juin 1926 


Simplicissimus, 9 juillet 1918



Déjà vus dans ces pages : 
L’avis de Joseph Roth : http://plusoumoinstrente.blogspot.fr/2011/07/remarques-propos-du-cinema-parlant-par.html

La situation du cinéma allemand en 1933 vue par Karl Arnold  : http://plusoumoinstrente.blogspot.fr/2011/12/haut-et-court.html 

15 octobre 2012

Arnold à la plage

Karl Arnold semble ne s’être jamais lassé des scènes balnéaires (nous l’avons déjà vu http://plusoumoinstrente.blogspot.fr/2011/10/un-peu-plus-tot-sur-les-rives-du.html), comme le confirment ces publications dans le Simplicissimus entre printemps et été 1927 — la plupart étant dessinés en 1926.


Simplicissimus, 9 mai 1927

Simplicissimus, 16 mai 1927

Simplicissimus, 23 mai 1927

Simplicissimus, 6 juin 1927

Simplicissimus, 13 juin 1927

Simplicissimus, 20 juin 1927

Simplicissimus, 20 juin 1927

Simplicissimus, 27 juin 1927

Simplicissimus, 27 juin 1927

Simplicissimus, 11 juillet 1927

Simplicissimus, 18 juillet 1927

Simplicissimus, 8 août 1927

Simplicissimus, 22 août 1927

Simplicissimus, 29 août 1927

Simplicissimus, 19 septembre 1927

13 octobre 2012

Le dernier chic de Ralph Barton



The News of the Globe in Pictures, Ralph Barton, Judge, 1923-1925



The News of the Globe in Pictures, Ralph Barton, Judge, 1923-1925



The News of the Globe in Pictures, Ralph Barton, Judge, 1923-1925



The News of the Globe in Pictures, Ralph Barton, Judge, 1923-1925


Ralph Barton dessina pour le New Yorker une chronique frivole, mondaine et culturelle, d’abord intitulée Graphic Section, puis Heroes of the Week et New of the World, et enfin à nouveau Graphic Section, une série de portraits de personnalités qu’il tint de 1925 à 1926, puis en 1931, jusqu’à son suicide, dans des pages savamment composées où se croisèrent, se frottèrent et se succédèrent des figures comme T. S. Sullivant (à l’occasion de la mort de son admiré collègue en 1926), sa complice Anita Loos, Sinclair Lewis, Rudolph Valentino, Henry Ford, Harry Houdini, Irving Berlin, Ignace Paderewski, etc. 
Cependant Barton avait déjà pratiqué ce même exercice dans Judge sous la rubrique The News of the Globe in Pictures, jusqu’à ce qu’il le quitte en février 1925 après plus de dix ans de collaboration pour rejoindre le New Yorker nouvellement créé alors même qu’il commençait d’illustrer Les hommes préfèrent les blondes dans le Harper’s Bazaar — dont les annonces étaient régulièrement publiées dans le New Yorker

9 octobre 2012

Grand déballage

« Je déballe ma bibliothèque. Voilà. Elle n’est donc pas encore dressée sur les étagères, le léger ennui du classsement ne l’a pas encore enveloppée. Je ne peux non plus marcher le long de ses rangées pour les passer en revue, accompagné d’auditeurs amis. Tout cela, donc, vous n’avez pas à le redouter. (…) Parmi toutes les façons de se procurer des livres, la plus glorieuse, considère-t-on, est de les écrire soi-même. Maints d’entre vous se rappelleront ici avec plaisir la vaste bibliothèque que, dans sa pauvreté, le petit maître d’école Wuz, chez Jean Paul, s’était constituée à la longue en écrivant lui-même, faute de pouvoir les acheter, tous les ouvrages dont les titres l’intéressaient dans les catalogues de foire. »

Walter Benjamin, Je déballe ma bibliothèque, un discours sur l’art de collectionner (trad. Philippe Ivernel)

Germaine Krull, Passage du Ponceau

7 octobre 2012

Dernier printemps

Le 23 mars 1933, un mois après l’incendie du Reichtag, les SA ayant déjà commencé à semer la terreur, Hitler, déjà chancelier depuis les élections de janvier, obtint les pleins pouvoirs de la part d’Hindeburg. « La terreur se déchaîna sur la Bavière [en mars, la Bavière ayant bénéficié d’un court répit avant d’être emportée à son tour après la destitution de son ministre-président]. Les opposants furent immédiatement chassés des administrations, les archives du journal Simplicissimus saccagées et beaucoup d’antifascistes arrêtés […]*. »
Dans le numéro du Simplicissimus daté du 1er avril, Thomas Theodor Heine, né David Theodor, 66 ans, fondateur de la revue près de quarante ans plus tôt, emprisonné sous Guillaume II pour crime de lèse-majesté, y publie son dernier dessin. Mais il est déjà parti en exil, à l’instar de tant d’artistes (et surtout d’écrivains comme Brecht, Döblin, W. Benjamin…), après qu’une « coordination » de dessinateurs l’avait destitué. Son nom sous le titre, comme fondateur avec l’éditeur Albert Langen, avait disparu le 5 mars avec son ultime couverture titrée Des Deutschen Frühlingslied. http://www.blogger.com/blogger.g?blogID=4499126673120624220#editor/target=post;postID=7729633834890901010l


Il mourut à Stockholm en 1948. 

* Jean-Michel Palmier, Weimar en exil




4 octobre 2012

Un héros peu convaincu


George Grosz, Jugend, 1927


George Grosz raconte dans ses mémoires qu’Alfred Fleschtstein, marchand et mécène, lui commanda le portrait d’un boxeur poids lourd prometteur, Max Schmeling, « arborant sa ceinture bleu de champion ».

Eduard Thöny, Simplicissimus, 1928


Max Schmeling (1905-2005) avait tout pour être le héros aryen mais il ne se soumit pas pour autant à l’idéologie nazie, non sans un certain courage quand il s’est agi de mettre à l’abri des persécutés, et aussi, semble-t-il, avec un certain art de l’esquive.
Il était devenu champion du monde en 1930 en battant Jack Sharkey, défendit une fois son titre contre Young Stribling avant de perdre contre Sharkey en 1932. De même que Mussolini avec Primo Carnera, le IIIe Reich voulut l’instrumentaliser encore plus après qu’il eut battu en 1936 par KO à la douzième reprise le tout jeune Joe Louis (http://www.youtube.com/watch?v=lihT_ewxVko), mais il fut défait deux ans plus tard, toujours au Yankee Stadium de New York, par KO, en deux minutes et quatre secondes (http://www.youtube.com/watch?v=6BLGdFQPh8c), par le même Joe Louis qui fut désigné comme le boxeur du siècle quarante ans plus tard. Les deux boxeurs devinrent de grands amis après la guerre, Schmeling soutenant Joe Louis, malade et ruiné.



Eduard Thöny, Simplicissimus, 1929

Eduard Thöny, Simplicissimus, 1929

Herbert Marxen, Simplicissimus, 1929

Th. Th. Heine, Simplicissimus, 1930

Olaf Gulbransson, Simplicissimus, 1930

Olaf Gulbransson, Simplicissimus, 1930

Wilhelm Schulz, Simplicissimus, 1930

Eduard Thöny, Simplicissimus, 1931

Olaf Gulbransson, Simplicissimus, 1933


Victor Klemperer, dans son journal Mes soldats de papier, écrit en date du 15 juin 1934 : « Depuis hier, je suis accablé par la rencontre d’Hitler et Mussolini à Venise. S’il remporte un succès de politique extérieure, il se maintiendra — Curieux : ce plaisir que j’ai d’apprendre aujourd’hui que le Californien Baer a remporté le championnat du monde de boxe contre le géant italien Carnera. Baer, qui a récemment battu Schmeling, est juif. Notre journal l’a descendu en flamme hier, donnant toutes les chances de victoire à l’Italien […]. »



Erich Schilling, Simplicissimus, 1936

Après un dernier dessin passablement antisémite, préalable à sa défaite contre Joe Louis, publié en 1937 et commis par Erich Schilling (foncièrement compromis, il se suicida en 1945), le Simplicissimus l’oublia. « Après cette défaite, je n’existais plus pour Hitler, mon nom avait disparu des journaux. » 


Erich Schilling, Simplicissimus, 1937

2 octobre 2012

La trajectoire de Bing



Henry Bing, Simplicissimus, 1911

Henry Bing, Simplicissimus, 1911

Henry Bing, Jugend, 1911

Henry Bing, Simplicissimus, 1911

Henry Bing, Simplicissimus, 1913

Henry Bing, Simplicissimus, 1914

Henry Bing, Jugend, 1914

Henry Bing, Jugend, 1920

Henry Bing, Jugend, 1920

Henry Bing, Jugend, 1921

Henry Bing, Jugend, 1921

Henry Bing, Simplicissimus, 1923

Henry Bing, Simplicissimus, 1923


Qui était Henry Bing, ce Français né et mort à Paris (1888-1965), qui signa jusqu’en 1925 de nombreux dessins pour le Jugend et le Simplicissimus, en Allemagne, avant et après la Grande Guerre (et anonymement pendant celle-ci) ? 
Il semble s’être ensuite orienté vers la peinture. 


Henry Bing, In the Park, Oil on Canvas, 48 x 36 inches, circa 1960 (!)

La galerie new-yorkaise Arthur T. Kalaher indique que ce tableau, qu’elle vend $ 6.000, a été exposé à Pasadena au Norton Simon Museum, à la Lilienfeld Gallery de New York, au musée de l’Ermitage à Saint-Petersburg, au Fitzwilliam Museum de Cambridge et au Salon de Paris. 
Henry Bing émigra-t-il un temps au États-Unis, où, à Beaufort, 44 Leo Green Road, près de Savannah en Caroline du Sud, nous retrouvons une Henry Bing Painting ?