19 janvier 2013

15 + 15



Fougasse, Punch, 1931
Le capitaine : “All the same, you know, 
those aeroplanes that fly over Twickenham must get rather a jolly view of the Game.

Du haut de notre époque, nous pourrions croire que Fougasse, alias Cyril Kenneth Bird, dessinateur emblématique de Punch, dont il fut directeur artistique, ne connaissait pas grand-chose au rugby, ce qui ne laisserait pas d’étonner de la part d’un Anglais bien né. À observer son œuvre, où le sport, et particulièrement le rugby reviennent à l’envi, il est évident qu’il s’y entendait en expert. http://earlycomics.wordpress.com/author/comiczeichner/
Or, comme le montre à ravir cette Bird Eye View, la numérotation nous paraît fantaisiste : seuls les numéros de 1 à 8 devraient figurer dans la mêlée, et ici le 9, par exemple, en principe le demi de mêlée, occupe le flanc gauche de la 3e ligne des rouges.
Renseignements pris, il s’avère que la numérotation n’avait aucun caractère réglé à cette époque, sans pour autant en conclure que c’est l’influence française qui ait fait pencher l’International Board vers ces prémisses d’esprit cartésien.

Dans la version ci-dessous, sans doute postérieure, la question ne se pose pas, seule la fantaisie chromatique de l’équipe à rayures étonnera l’amateur contemporain (à défaut d’être connaisseur).



Le capitaine : “Soccer fans affirm that Rugger’s dull to look at... 
they can’t have seen our annual start-of-the-season Whites vs Colours.”


Comme pour cet autre exemple de 1923 http://www.flickr.com/photos/rugby_pioneers/460360717/ où Fougasse joue avec les motifs, peut-être en hommage à Aubrey Bearsley.

http://magalerieaparis.wordpress.com/category/cyril-k-bird-dit-fougasse/


17 janvier 2013

Le poète et le caricaturiste





Franta Bidlo et Jaroslav Seifert (prix Nobel de littérature en 1984) étaient de grands amis bien que ce dernier fût dès 1929 en rupture de ban avec le parti communiste quand Bidlo était le caricaturiste attitré du Rude Právo, ce qui ne l’empêcha pas, en 1936, d’illustrer Zpíváno do Rotačky (Chansons pour les rotatives).









Et Jaro, s Bohem (Printemps, avec Dieu) l’année suivante. 



16 janvier 2013

Un nouvel échantillon de Bidlo



La devise du Führer : Soyez prêt à tout ! 



Magazin DP, 1936



À gauche : le monstre dont on parle.
À droite : le monstre que personne ne veut entendre (« Du pain et du travail ») 

.  

Une nuit avec bébé, Magazin DP, 1933



Pourquoi le professeur Piccard a-t-il décollé pour la stratosphère ?


15 janvier 2013

10 janvier 2013

Le trio tchèque au complet



Franta Bidlo, Pelc, Hoffmeister & Bidlo


Contrairement à ses deux confrères, Adolf Hoffmeister et Antonín Pelc, František (Franta) Bidlo, né en 1895 à Prague dans une famille modeste, est un artiste autodidacte qui fut d’abord apprenti chapelier à Vienne avant de combattre sur le front italien lors de la Première Guerre mondiale dans les rangs austrois-hongrois, puis d’adhérer au parti communiste en collaborant activement à son organe officiel, le Rudé Právo, et d’assurer, à sa création en 1934, la rédaction en chef du Simplicushttp://plusoumoinstrente.blogspot.fr/2012/11/le-simplicissimus.html

Autoportrait, 1936

C’est à Bidlo que nous devons la définition du mâle aryen idéal, publiée dans le Simplicus : “blond comme Hitler”,“mince comme Goering”, “bien bâti comme Goebbels” et “masculin comme Röhm”.

Il mourut en 1945 après avoir contracté le typhus au camp de Terezín. 


Les messages d’avril, Magazin DP, 1933



Célébrations au lac Máchov, Magazin DP, 1935-36



La civilisation blanche luttant contre l’asservissement des Noirs, Magazin DP, 1935



Immortel Karel Hynek Mácha, Magazin DP, 1936-37



 Confiance en la conférence pour le désarmement, Magazin DP, 1934-35



8 janvier 2013

Ordre et désordre à Prague



Karel Teige typographe, Adolf Hoffmeister, 1930




Au café, Adolf Hoffmeister, 1930


Odeon est une maison d’édition pragoise qui publia ReD, revue fondée par Karel Teide en 1927, d’une orientation évidemment marxiste.
http://bohemica.free.fr/auteurs/teige/teige.htm.
Cette bagarre était-elle liée à la polémique que Teide eut avec Le Corbusier sur le beau et l’utile, en cette époque où, même sans quitter Prague, les controverses esthétiques et politiques du côté de l’avant-garde ne manquaient pas ?

5 janvier 2013

Colombe à double sens





LUTTE CONTRE LE BOLCHÉVISME
Paisible Allemagne / pacifique Italie / 
Espagne enfin humaine grâce à Franco / qui menacent la paix !


En 1937 Antonín Pelc était de longue date un virulent antifasciste, communiste ou « compagnon de route ». 
Quant il dut fuir en 1939 suite à l’invasion allemande de la Tchécoslovaquie, c’est aux États-Unis qu’il aboutit en 1941 après de douloureuses péripéties. 
Entre-temps, le pacte germano-soviétique fut signé, puis dénoncé par Hitler. 

Le Lidové Noviny, prisé des intellectuels, n’était pas un journal communiste (quoique Quotidien du peuple), mais comme beaucoup en Europe, Pelc voulait croire que la paix passait par Staline, fermant les yeux sur la répression, particulièrement virulente ces années-là avec les procès de Moscou. 
Curieusement, bien que la moustache soit avenante, la bonhommie du Staline de Pelc est matoise, il pourrait être aussitôt inquiétant. La colombe est dans une cage, au garde à vous, elle semble soumise au bon vouloir de son maître ; l’y aurait-il enfermée — pour la protéger de ses ennemis comme la légende du dessin le laisse entendre — en attendant de profiter de la situation ? Et l’Oméga, l’étoile à cinq branches [est celle] qui brillait au-dessus du royaume des camps, comme l’écrit Julius Margolin.    


3 janvier 2013

Les cailloux de Julius Margolin





Il y a trois ans, les éditions Le Bruit du temps ont publié Voyage au pays des Ze-Ka, de Julius Margolin (1900-1971), où il raconte comment il fut prit en tenaille entre l’Allemagne et l’URSS, après le pacte qui les lia en 1939, avant de se retrouver au goulag pour cinq ans.
Les mêmes éditions viennent de publier Le Livre du retour.


« J’étais plongé dans mon travail, mais je ne pus m’empêcher de dresser l’oreille. Je reconnus là un “petit caillou”. J’appelais ainsi, depuis mon enfance, les choses qui entrent par la fenêtre ouverte de notre mémoire et qui s’y fixent durablement, peut-être même pour toujours.
En général, nous ne maîtrisons pas tellement notre mémoire. Les événements et les objets y laissent des encoches sans nous demander notre avis. Des choses importantes s’effacent, des broutilles s’accrochent pour toujours. À cette époque, ma vie était comme un champ en friche jonché de cailloux. Plusieurs charrettes n’auraient pas suffi à les contenir. Or, les cailloux restaient — comme ce caillou de Polésie que j’avais choisi, je ne sais pour quelle raison, aux jours lointains de ma jeunesse, en me tenant devant la fenêtre du train, à la gare de Brest ou de Drohiczyn, sur une clairière, dans un bois de bouleaux. C’était à l’aube, une brume s’élevait au-dessus de l’herbe mouillée, les pentes du remblai étaient émaillées de boutons d’or. Notre train passait devant, et je fus saisi de regret et de désespoir à l’idée qu’il était impossible d’emporter cette vie qui s’effaçait d’instant en instant, et que chaque herbe en ces lieux perdus était condamnée, et mon regard s’accrocha pour un long moment — le temps du passage du train — à un caillou à deux mètres des rails, dont j’allais me souvenir à jamais. Avec l’espoir — que j’étais alors incapable de formuler ni d’exprimer avec des mots — que ma vie, comme ce caillou de hasard, serait arrachée à l’indifférence des choses et tomberait sous un Regard qui peut tout voir… »

Traduit du russe par Luba Jurgenson




Antoine Jaccottet, son éditeur, tient à signaler en note préliminaire que « le titre de l’ensemble, Le Livre du retour, n’est pas de Julius Margolin, mais il nous a paru convenir aussi bien au retour géographique de l’auteur dans son pays, qu’au retour dans le passé que constituent les chapitres consacrés à l’enfance sur lesquels s’achève le présent recueil. »

http://80grammes.blogspot.fr/2013/01/blog-post.html

25 décembre 2012

Invitation à la promenade





Ce dimanche de printemps-là, Robert Walser répond à « la bonne invitation de Frieda Mermet à monter à Bellelay, à pied ou en car, pour le plaisir de passer huit à dix jours en [sa] compagnie ».

Robert Musil disait de Robert Walser qu’« au jeu littéraire, [il] substitue un jeu humain, plein de souplesse, de rêverie, de liberté et qui offre toute la richesse morale de ces journées d’oisiveté, inutiles en apparence, où nos convictions les plus fermes se défont en une agréable indifférence ».
Et Thomas Mann « ce géant dans le domaine de l’écriture romanesque, me considère, écrit Walser à Therese Breitbach en 1925, comme un enfant tout de même intelligent ».




Walser publia en 1925 chez Rowohlt son dernier livre, un recueil de courtes proses, La Rose, dont il dit, en janvier 1926 dans une lettre à Otto Pick, quil « semble frappé de bannissement et de proscription. Rowohlt, à la suite de léchec de ce livre, me traite en vrai Germain quil est, avec toute limpolitesse quon imagine. Néanmoins, je le sers. L’un ou l’autre poème va bien vous plaire. Il y a des gens en Allemagne qui semblent avoir pris la culture en otage, ils croient qu’à force de réfléchir, à force d’y mettre terriblement de sincérité, de solidité, de sérieux, tout ira selon leur tête. Et il y en a qui sont chatouilleux. Tous ces gens chatouilleux, ces gens cultivés, constituaient en 1900 un danger pour l’ordre public ».
Rober Walser est mort le 25 décembre 1956, dans la neige, lors dune promenade dans la montagne.

http://80grammes.blogspot.fr/2012/12/1956-56_25.html

21 décembre 2012

La Santé en 39-40


En 1969, alors qu’Adolf Hoffmeister est réfugié en France après l’écrasement du Printemps de Prague en août 1968, les éditions Gallimard publient La prison où il raconte son séjour à la Santé entre 1939 et 1940, accompagné de six dessins de ses codétenus.
En avant-propos, Hoffmeister présente ainsi son livre : « Réfugié en France après l’occupation de la Tchécoslovaquie par les nazis, porté sur la liste noire de la Gestapo, j’ai été arrêté et mis en tôle à Paris pendant la drôle de guerre pour les opinions trop avancées et trop libres à cette époque de l'histoire. C’est à la prison de la Santé que j’ai écrit, pendant sept mois, en confinement solitaire, ce journal et ces dialogues de détenus. »

Adolf Hoffmeister, 1940


Le premier chapitre s’intitule L’abandon : « Le 24 septembre 1939, se refermait sur moi la porte de la cellule numéro 10, douzième section de la prison de la Santé. Il était environ 13 h 30. Cétait un dimanche à Paris. Le temps était clair, et un peu frais.
Tout dabord, je métais senti gêné, oui, confus. Puis amer, à en rire, à lidée que je pouvais me retrouver en prison.
Quelle idée insensée ! Est-ce donc aux adultes aujourdhui de jouer aux enfants ? Ou bien ne sommes-nous que des enfants qui jouent aux adultes ? Ma conscience navait rien à se reprocher, et le décalage était trop criant, tant laccusation était grave. Quelle tournure soudaine avaient pris les événements de ces dernières semaines. Quelle métamorphose complète de tout !
Une chose au moins était claire : notre navire avait fait naufrage. […] »




http://plusoumoinstrente.blogspot.fr/2012/12/the-animals-are-in-cages.html

18 décembre 2012

The Animals Are in Cages





L’édition originale américaine de Touriste malgré soi, récit écrit et dessiné par Adolf Hoffmesiter
http://plusoumoinstrente.blogspot.fr/2012/11/a-prague-avec-adolf-hoffmeister.html, parue en 1941 à New York chez Greenberg s’intitule The Animals Are in Cages http://plusoumoinstrente.blogspot.fr/2012/12/touriste-malgre-soi.html, magnifiquement imprimée sur papier vergé, quand l’édition polonaise de 1946, avec les illustrations sans doute reprises d’après cette première édition, devait se contenter d’un pauvre papier typique de l’après-guerre.
Pour commencer, après avoir situé Prague pour un public américain : « Beyond the Atlantic, eastward from New York, there is a continent called Europe. In the center of this continent is a small country about whose beauty not many people know. And in the center of this wonderful land is a still more wonderful city called Prague », Adolf Hoffmeister précise à propos de son personnage central : « His name was Jan Prokop, but any resemblance between characters in this book and real persons, living or dead, is purely coincidental » et, un peu plus loin, le personnage se présente comme « A writer and catoonist. 5 1/2 feet tall, weight 170, age 37, Catholic, bachelor, residing at — », comme son auteur*.



* Quand on tape Hoffmeister, et même Adolf Hoffmeister, sur Google, s’affiche tout en haut une annonce pour un hôtel cinq étoiles éponyme, celui fondé à Prague par son père et qui est toujours tenu par sa famille. 














16 décembre 2012

Une première pour Laurel & Hardy


Puisque Laurel & Hardy sont au programme, qu’ils se sont faufilés entre Kafka et Walter Benjamin à la page précédente, rappelons-nous qu’il y a quelque temps nous les avons fréquentés d’assez près. 


Dominique Hérody, Laurel & Hardy, 1991, pour Virgin Video

http://80grammes.blogspot.fr/2012/12/dun-autre-temps.html

14 décembre 2012

Kafka, Laurel & Hardy…



Miguel Covarrubias in Vanity Fair, 1933



1. John Barrymore 2. Ethel Barrymore 3. Lionel Barrymore 4. George Arliss 5. Helen Hayes 6. Miriam Hopkins 7. Lilyan Tashman 8. Mae West 9. Edmiund Lowe 10. Constance Bennett 11. Joel McCrea 12. Maurice Chevalier 13. Kay Francis 14. Joan Crawford 15. Leslie Howard 16. Dolores Del Rio 17. Adolphe Menjou 18. Joseph Schenck 19. Samuel Goldwyn 20. Joan Blondell 21. Douglas Fairbanks, Jr. 22. Sylvia Sidney 23. Mary Pickford 24. Gary Cooper 25. Douglas Fairbanks 26. & 27. Laurel and Hardy 28. Edward G. Robinson 29. Cecil B. Demille 30. Caludette Colbert 31. Marion Davies 32. Norma Shearer 33. Charlie Chaplin 34. Fredric March 35. Marie Dressler 36. Gene Fowler 37. Nancy Carroll 38. Howard Hughes 39. George Raft 40. Louella Parsons 41. Harpo Marx 42. Katherine Hepburn 43. Jean Harlow 44. Marlene Dietrich 45. Schnozzle Durante 46. Greta Garbo 47. Clark Gable 48. Ernst Lubitsch 49.Wallace Beery





« […] Kafka […] n’était certes pas un humoriste. Mais plutôt un homme dont le destin était de se heurter partout à des gens qui faisaient de l’humour leur profession : à des clowns. L’Amérique, en particulier, est une vaste clownerie. Et pour ce qui concerne son amitié avec Brod, j’ai l’impression de m’approcher de la vérité si je dis que Kafka était un Laurel qui se serait trouvé dans la pénible obligation de se chercher son Hardy — et ce fut Brod. »

Lettre de Walter Benjamin à Gershom Scholem, Paris le 4 février 1939



Max Brod & Franz Kafka


12 décembre 2012

Les larmes de Mickey





Simplicus, 1935. La NRA* et Mickey Mouse.
Mickey Mouse : « C’est fou ! Le monde entier se moque de moi au lieu s’en prendre à cette affiche ! » 

National Rifle American

11 décembre 2012

Antonín Pelc et l’Espagne



Antonín Pelc dans le Simplicus, à propos de la répression dans les Asturies
 que mena le général Franco, en octobre 1934, à la demande de la IIe République.


Antonín Pelc, 1936

4 décembre 2012

Touriste malgré soi



Adolf Hoffmeister, Turysta mimo woli, 1946



En 1946, parut cette édition polonaise de Touriste malgré soi (Turistou proti své vůli) qu’Adolf Hoffmeister, au terme d’un périple résumé sur cette couverture, avait écrit et dessiné aux États-Unis en 1941, sous le titre Animals are in Cages, à la demande de l’éditeur américain Greenberg dans le but de sensibiliser le public américain. Il ne s’agit pas à proprement parler d’une autobiographie, mais d’un récit de l’exil d’un certain Jan Prokop qui ressemblerait fort à l’auteur. 



Adolf Hoffmeister, Touriste malgré soi, 1941



Adolf Hoffmeister, Touriste malgré soi, 1941


Adolf Hoffmeister, Touriste malgré soi, 1941(camp de Damigny ?)


Adolf Hoffmeister, Touriste malgré soi, 1941

3 décembre 2012

Acharnement


Josef Plank, Die Brennessel, 19 avril 1933


Quand Die Brennessel (L’Ortie), fondée en 1931 par les nazis pour contrer l’influence du Simplicissimus, s’acharne contre Th. Th. Heine qui vient d’être destitué de l’intérieur même du journal — et qui est alors en fuite. 
Le 20 mars 1933, fuyant Berlin, Walter Benjamin est à Paris depuis quelques jours et écrit à Gershom Scholem : « […] La terreur exercée contre toute attitude ou toute façon de s’exprimer qui ne se conforment pas strictement aux prescriptions officielles a pris des proportions difficilement dépassables. »