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23 mars 2016

Une partie de campagne



André Dignimont, 1936



Dans Le Salon de l’Araignée, publié par Michel Lagarde en 2013, Emmanuel Pollaud-Durand présentait André Dignimont ainsi : « Les parents d’André Dignimont (1891-1965) le destinent au commerce mais, après des études en Angleterre et en Allemagne, il s’inscrit à l’Académie Julian. Réalisant des décors de théâtre comme des intérieurs de bordels, cet ami de Bofa et Chas Laborde illustre plus de cinquante livres, avec une prédilection pour les marins, les mauvais garçons et les putains, qu’il considère avec sympathie. »




Sylvia Bataille face à la caméra de Claude Renoir (photo Éli Lothar ?)






n°497

6 janvier 2012

Sur son trente et un



« Pour que la nuit me parût moins longue, je rentrai tard.
Après avoir ôté ma veste, je m’accoudai à la fenête. L’air tiède me rappela les soirées de l’été précédent. La lune, pleine de taches d’eau, éclairait le bord d’un nuage.
Puis je me couchai.
Il fallait que je dormisse, sinon, le matin, j’aurais mauvaise mine. Mon visage n’est pas symétrique. Ma mâchoire est plus saillante à gauche. Quand je suis fatigué, cela se remarque davantage. »
Mes amis, Emmanuel Bove, 1927 (eaux-fortes d’André Dignimont)




Si on s’arrête à son maniement sans concession de l’imparfait du subjonctif, on pourrait prendre Emmanuel Bove pour un poseur, ou l’assimiler à n’importe quel écrivain bourgeois infatué. En 1927, il n’était pas le seul à user de ce qui est devenu un archaïsme (quoique son emploi ne soit toujours pas abandonné de tous, et qu’une journée lui soit désormais consacrée dans l’année comme pour une espèce en voie de disparition), la qualité d’un écrivain ne se jugeant pas à l’aune de cette perfection grammaticale qui confine à l’académisme, comme un dessin aux proportions parfaites, respectant tous les canons classiques mais ennuyeux à périr.
Or, pour Emmanuel Bove, c’est une manière d’élégance pour nous faire part de son pessimisme foncier (« Un pessimiste est un individu qui vit avec des optimistes. »), comme un dessinateur féru de classissisme, ayant copié les grands maîtres et accumulé les plâtres au fusain, qui retourne ses compétences pour nous dire sa vérité asymétrique et douloureuse, dont Malaises, de Gus Bofa, serait le plus juste équivalent graphique.

sur Gus Bofa et son ami André Dignimont : http://www.gusbofa.com