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3 janvier 2013

Les cailloux de Julius Margolin





Il y a trois ans, les éditions Le Bruit du temps ont publié Voyage au pays des Ze-Ka, de Julius Margolin (1900-1971), où il raconte comment il fut prit en tenaille entre l’Allemagne et l’URSS, après le pacte qui les lia en 1939, avant de se retrouver au goulag pour cinq ans.
Les mêmes éditions viennent de publier Le Livre du retour.


« J’étais plongé dans mon travail, mais je ne pus m’empêcher de dresser l’oreille. Je reconnus là un “petit caillou”. J’appelais ainsi, depuis mon enfance, les choses qui entrent par la fenêtre ouverte de notre mémoire et qui s’y fixent durablement, peut-être même pour toujours.
En général, nous ne maîtrisons pas tellement notre mémoire. Les événements et les objets y laissent des encoches sans nous demander notre avis. Des choses importantes s’effacent, des broutilles s’accrochent pour toujours. À cette époque, ma vie était comme un champ en friche jonché de cailloux. Plusieurs charrettes n’auraient pas suffi à les contenir. Or, les cailloux restaient — comme ce caillou de Polésie que j’avais choisi, je ne sais pour quelle raison, aux jours lointains de ma jeunesse, en me tenant devant la fenêtre du train, à la gare de Brest ou de Drohiczyn, sur une clairière, dans un bois de bouleaux. C’était à l’aube, une brume s’élevait au-dessus de l’herbe mouillée, les pentes du remblai étaient émaillées de boutons d’or. Notre train passait devant, et je fus saisi de regret et de désespoir à l’idée qu’il était impossible d’emporter cette vie qui s’effaçait d’instant en instant, et que chaque herbe en ces lieux perdus était condamnée, et mon regard s’accrocha pour un long moment — le temps du passage du train — à un caillou à deux mètres des rails, dont j’allais me souvenir à jamais. Avec l’espoir — que j’étais alors incapable de formuler ni d’exprimer avec des mots — que ma vie, comme ce caillou de hasard, serait arrachée à l’indifférence des choses et tomberait sous un Regard qui peut tout voir… »

Traduit du russe par Luba Jurgenson




Antoine Jaccottet, son éditeur, tient à signaler en note préliminaire que « le titre de l’ensemble, Le Livre du retour, n’est pas de Julius Margolin, mais il nous a paru convenir aussi bien au retour géographique de l’auteur dans son pays, qu’au retour dans le passé que constituent les chapitres consacrés à l’enfance sur lesquels s’achève le présent recueil. »

http://80grammes.blogspot.fr/2013/01/blog-post.html

30 novembre 2012

Le Fred Astaire du football





La coupe du monde de football 1934, la deuxième après celle en Uruguay, eut lieu en Italie fasciste qui profita pleinement de l’aubaine pour sa propagande, surtout qu’elle l’emporta contre la Tchécoslovaquie (2-1), la Tchécoslovaquie ayant battu l’Allemagne en demi-finale (3-1), à Rome, alors que la Nazionale battait l’Autriche dans l’autre demi-finale (1-0), l’Autriche où figurait le “Mozart du football” Matthias Sindelar, son avant-centre, qui s’y blessa, facilitant la tâche des azzuri qui n’avaient pas le droit de perdre devant Mussolini.
À lire les descriptions de son physique et de son jeu, autant que Mozart, il fut le Fred Astaire du football.

D’origine tchèque, Matěj Šindelář se suicida en 1939 avec sa compagne juive italienne Camilla Castagnola, à moins qu’il fût assassiné par la Gestapo.






Soma Morgenstern, dans Errance en France, évoque Matthias Sindelar en décrivant un match de football improvisé au stade de Buffalo, en mai 1940, entre internés, où […] l’Autriche, renforcée par deux puissants Sarrois, battait lAllemagne par 6 buts à 0 ! Comme autrefois à Vienne, au Prater, au stade, en 1931. Oh, comme cétait beau ! Vous rappelez-vous encore comment dès le départ, Sindelar, « l’homme de papier », dribble deux Allemands avec une feinte de corps, et d’un coup horizontal passe le ballon à Gschweidl, le « conseiller aulique », et le « conseiller » le prolonge vers Zischek qui avec présence desprit tire du pied gauche dans le coin droit des buts ? Trente secondes après le commencement du match : 1 à 0, et onze Piefkes stupéfaits ! Cest Schall qui a inscrit le deuxième but. Non, et Vogl, le Vogl ! Cétait léquipe miracle de Vienne. Hugo Meisl l’a créée. Il est mort. Sindelar l’a dirigée. Après lAnschluss, il s’est suicidé. C’était l’âme de l’équipe miracle, le Sindi. Le football aussi à une âme. Mais c’était l’âme viennoise. Sous le talon de la botte prussienne, elle a éclaté, l’âme footballeuse de Sindi. Quel était son prénom ? Matthias. Il était serrurier de son métier, « l’homme de papier ». Honneur à sa mémoire. 
(Ajouté le 26 décembre 2016, traduction Nicole Casanova, à deux modifications footballistiques près)

19 juin 2012

Avant-dernière


Karl Arnold, Simplicissimus, 6 mars 1932

De Berlin, le 9 mars 1932, Joseph Kessel écrivait : 
« Un orateur se leva. Je faillis pousser une exclamation de surprise. On eût dit un double de Hitler ; même culotte bouffante, même taille serrée, même chemise, même port de tête, jusqu’aux petites moustaches ; la copie était parfaite. C’était pourtant un ancien secrétaire du parti social-démocrate de Hanovre qui avait abjuré ses erreurs et embrassé la foi nazie.
Dès les premières phrases de ce transfuge, il fut évident qu’il était habile à mener les foules simples, à trouver avec elle un brutal contact, à réveiller les plus troubles instincts. Sa voix rauque savait se faire tour à tour sacarstique, cynique, grossièrement véhémente. Des crises d’hystérie soigneusement calculées alternaient avec des facéties qui déchaînaient des rires épais.
Et chaque mot, chaque rire, chaque plaisanterie visaient à soulever, nourrir et attiser la haine. 
Humanité, justice, espoir de paix, tout était bafoué, souillé. Tous les peuples ne valaient rien auprès du peuple allemand ; tous s’acharnaient contre lui, tous s’en repentiraient. La flatterie la plus violente, l’appel aux plus dangereuses revanches à l’extérieur et à l’intérieur se succédaient sans répit comme des coups de massue. 
Et quand l’orateur ne jugeait pas suffisante l’exaltation de l’auditoire, il avait recours à la bête noire, au bouc émissaire, au juif. L’expression de mépris, de menace qui tordait alors sa bouche était telle que la salle entendait le mot “Jude” avant qu’il le prononçât.
Et chaque fois, l’effet voulu était atteint. Des applaudissements, des imprécations furieuses éclataient comme une salve automatique et le semeur de haine reprenait son discours, flagellait les Français persque autant que les juifs d’Allemagne, les accusaient d’avoir payé ensemble la révolutions de 1918. »

 Th. Th. Heine, Simplicissimus, 13 mars 1932

À quatre jour de l’élection présidentielle où s’affrontaient Hitler, Thälmann et Hindenburg, ainsi que Theodor Duesterberg du parti national du peuple allemand, Kessel écrivait à propos du vote pour le vieux maréchal président : « Mais ce ne sera pas un signe denthousiasme ni damour. Ce sera le dernier effort dun organisme qui se défend contre la fièvre. En effet, autour du maréchal, se groupent dans une confusion incroyable les grands bourgeois populistes, les catholiques fervents, des sociaux-démocrates qui détestent larmée. Tous lavouent franchement : ils ne votent pas pour Hindenburg. Ils votent contre Thälmann le communiste, et contre Hitler le fasciste. »
Le lendemain, il concluait ainsi son article sur le dernier meeting de Hitler : « Adolf Hitler se croyait un si grand homme quil en avait persuadé ses auditeurs. 
Dans lAllemagne enfiévrée où javais déjà vu tant de signes de dérèglement, celui-là était le plus profond, car il voisinait avec la démence. »

Hindenburg obtint au premier tour 49,6 % des voix, Hitler 30,2 %, Thälmann 13,2 % et Duesterberg, 6,8 %.
Au second tour, Hindenburg l’emporta avec 53,1 %, devançant Hitler, 36,7 % et Thälmann, 10,1 %.
Moins d’un an plus tard, il se résoudra à donner les clefs à Hitler ; et les élections de mars 1933 seront les dernières :
http://plusoumoinstrente.blogspot.fr/2011/12/mars-est-revenu.html

Joseph Kessel, Témoin parmi les hommes, Texto, Tallandier 
ou Reportages, Romans, Quarto, Gallimard

18 février 2012

La patrie de Joseph Roth


« Toute déclaration en faveur du pays auquel — pour des raisons mystérieuses et donc impossibles à élucider — on donne le nom de  “patrie” doit — pour des raisons presque aussi indéfinissables — être précédée d’une sorte d’explication. Certes, jamais ni nulle part, il n’a encore fallu fournir d’excuse pour se déclarer en faveur de son pays d’origine. Mais aujourd’hui, voilà que, chez nous, on se voit obligé de dépouiller toute formule par laquelle on se reconnaît de ce pays, non seulement de l’emphase mensongère et de la rhétorique creuse dont on l’entoure depuis des décennies, mais aussi de la sanglante brutalité qui, également depuis des décennies, emprisonne et défigure le patriotisme, l’amour de la nation et la langue.
Car, si l’on a à déclarer son attachement à la patrie, cela ne peut se faire que sous une forme qui se distingue sans équivoque des formes usuelles de décalaration d’amour patriotique. Il y eut une époque, en Allemagne, où la silencieuse dignité du savant, la prudente timidité du poète, la raison du politicien et de l’homme d’État, tous les cœurs simples des individus privés avouaient et reconnaissaient, avec une naturelle évidence, leur amour de la patrie : dans leurs lettres, dans leurs œuvres et dans des circonstances de toutes sortes. Il n’existait pas de partis ayant le privilège du patriotisme et les professions de foi en faveur de la patrie n’étaient pas des appels au combat. De même que l’on considère qu’il ne peut y avoir de société vraiment humaine sans un sentiment de solidarité humaine, de même estimait-on alors qu’il ne pouvait y avoir d’opinion sans l’existence d’une sentiment national. Comme elles doivent être peu sûres ces nations où des partis entiers débattent, dix années durant — le temps de leur existence —, de leurs convictions nationales — ce qui est une évidence, et en aucune façon une preuve —, et non moins inlassablement de la façon de les exprimer. Le fait de se sentir chez soi au sein d’une nation est un sentiment élémentaire pour un citoyen européen, pas du tout une “conception du monde”, et encore moins un programme. Il serait donc tout simplement logique d’admettre que seuls sont sincèrement nationaux les partis qui, au lieu de faire étalage de sentiments national, considèrent que c’est là quelque chose qui va de soi. (…) »
Profession de foi en faveur de l’Allemagne, Frankfurter Zeitung, 27 septembre 1931


Rappelons que, à l’instar de Henri Heine, Joseph Roth se sent allemand par la langue, lui qui, natif de la Galicie austro-hongroise, Juif, Viennois, Parisien, exilé, désespéré, ne fut jamais Allemand de nationalité. La suite de son article est un éloge de la langue allemande.

17 février 2012

Job et son livre


J’ai lu et relu Job sous le titre Le Poids de la grâce, sans bien comprendre le pourquoi de ce titre que seule la deuxième traduction française avait adopté dans les années soixante.
Ce roman de Joseph Roth fut publié en 1930 à Berlin, et dès 1931 à Paris. Il vient d’être traduit pour la troisième fois, et son titre original a été rétabli. Qu’il soit lu, c’est une merveille.
Par ailleurs, dans les années vingt en Europe, Joseph Roth fut un chroniqueur itinérant pour plusieurs journaux allemands où il fit montre d’une rare clairvoyance.

« Aucun musée, aucune église ne saurait me dédommager du sinistre spectacle que m’offre, par exemple, la devanture d’une librairie dans une petite ville. L’on y trouve une telle abondance représentative de bêtise, de dilettantisme lyrique, d’art régionaliste et de fausses idylles, d’attachements verbeux à une glèbe de papier journal ou de carton, tout juste bonne à empaqueter un chapeau haut de forme, et totalement dépourvue de tout sentiment, graine ou semence ! De cette grisaille de sépulcre, répandue sur des millions de “camarades”, voilà que surgit, à la lumière du jour, une littérature d’écrivains-fantômes qui jouissent de gros tirages et se moquent des lois sur l’immortalité et la  pornographie parce qu’ils sont pour devise la “chasteté”, la “virilité” barbue, et ouvrent ainsi la voie à un autre grandiose sous le signe du Troisième Reich. Quelle énorme quantité de poison dans ces calices d’un bleu de violette ! De la face énergique du didacteur welche au regard noblement tourné vers le nord, et au menton qui fait songer à un casque d’acier renversé, à la figure d’un Adolf Hitler dont les grimaces ont devancé celle de ses électeurs, et où chaque partisan peut constater, comme dans un miroir, que tout est déjà là : les Dinter* et les Lauff**, la bête immonde et son âme, le doré sur tranche et le filet de sang. Que l’on mette la table ! Que le petit âne se couche ! Que l’on sorte les matraques ! (…) »
* Écrivain à succès qui fut député nazi.
** Écrivain régionaliste annobli par Guillaume II.

Lettre du Hartz, 14 décembre 1930, Frankfurter Zeitung (trad. Jean Ruffet, in Croquis de voyage, Seuil)



Le 8 octobre 1930, Roth écrit à Stephan Zweig, de l’hôtel Foyot, à Paris :
« (…) Le 13, je pars d’ici. J’entreprends un circuit des villes allemandes pour le compte de la Frankfurter Zeitung. Mon livre [Job] sortira après-demain. Je suppose que vous avez entre-temps reçu de ma maison d’édition une lettre importune vous demandant un compte rendu. J’espère que vous ne m’en voudrez pas. (…) »
Le 20 novembre, dans une lettre expédiée de Goslar*, toujours à Zweig avec lequel il tint une correspondance nourrie, il revient sur la fortune de Job :
« Puisse Dieu vous écouter et faire que vous ayez raison quand vous évoquez les chiffres de vente élevés de Job. Jusqu’à aujourd’hui, 8500 exemplaires ont été vendus, c’est beaucoup pour moi. Mais ce n’est pas assez au regard des problèmes financiers que connaît la maison d’édition Kiepenhauer. Ni Feuchtwanger ni Heinrich Mann ne se vendent bien. (…) »

* Ville de Basse-Saxe, au pied du massif du Harz.



7 février 2012

L'Exposition universelle




« La personnalité de chaque peuple se révèle plus fortement par l’ordonnance intérieure des pavillons que par leur silhouette architecturale. Tout concourt à l’exprimer dans la disposition des lieux, leur décoration, la mise en valeur des objets exposés. Une atmosphère en émane qui s’impose à notre sensibilité. Et comment n’être pas frappé par ce que dégage le spectacle de l’immense vaisseau du pavillon allemand où règne l’ordre le plus méthodique aussi bien dans la distribution des éléments décoratifs : luminaires aux formes trapues, tableaux de mêmes dimensions et de même esthétique, tapisseries et mosaïques, que dans l’ordonnance de vitrines de même modèle qui, dès l’entrée, s’offrent à la curiosité du visiteur ? D’autres pavillons, tels celui de la Hollande ou de la Suède par exemple, vous accueillent avec une charmante simplicité. On les parcourt familièrement et, dans l’abondante clarté où ils baignent, on examine les objets et les documents exposés avec l’aimable et sympatique curiosité que l’on a pour la collection d’un ami. Le pavillon russe nous suggère une impression de fougue impatiente, un peu fébrile : celle d’un peuple qui fait le recensement des résultats acquis par un prodigieux effort de rénovation économique, cependant que l’Angleterre se montre toute sécurité, aise tranquille, confiance en soi, correction parfaite et que le modernisme italien est imprégné de la noble fierté et des impérieuses disciplines romaines. »

Louis Richard-Mounet, L’Illustration “Exposition 1937”, 14 août 1937



André Steiner, né en Hongrie en 1901, fuit les premières mesures antisémites promulguées par le régent Horthy (numerus clausus pour entrer à l’université) en venant  étudier à Vienne, avant de s’installer à Paris en 1928. Il est un tenant de la « Nouvelle vision ».  

11 décembre 2011

« Mars est revenu… »



Le 5 mars 1933 les élections au Reichstag verront les nazis s’emparer totalement du pouvoir.
Ce même jour paraît en couverture du Simplicissimus ce dessin de Th. Th. Heine, où des citoyens se rendent au bureau de vote. Ce sera son ultime couverture.

« Der März ist gekommen, die Knüppel schlagen aus,
Da Bleibe, wer Lust hat, mit Sorgen zuhaus.
Und die Bürger, die g’schlafen hab’n die lange Winterzeit,
Die werden wieder munter und wählen voll Freud’.»*

*Mars est revenu, les matraques se sont tues,
Reste chez lui qui a envie, bien loin sont les soucis,
Et les citoyens qui ont dormi pendant le long hiver,
Une nouvelle fois se réveillent, et tous votent emplis de joie.


Dans le même numéro, Karl Arnold dessine « Der Kanzler spricht » (Le chancelier parle), « Welch ein Fortschritt ! Früher hat er uns das Anhören seiner Reden verboten, nun spricht er höchstselbst unter uns ! »*

*Quel progrès ! Avant il nous défendait d’écouter ses discours, maintenant c’est pour nous en personne qu’il parle si fort !

10 décembre 2011

Souvenir de la bataille de Teutoburg


Le 5 février 1933, la semaine où Hitler enlève la chancellerie (et obtient de Hindenburg la dissolution du Reichstag), Karl Arnold dessine cette couverture du Simplicissimus : « Toujours son combat, jamais pour vous de travail ni de pain. » Il y évoque ironiquement la bataille de Teutoburg (ou Hermannsschlacht), où les Germains défirent les légions romaines en 6 après J.-C., dans la forêt, en hiver, sous la conduite de Caius Julius Arminius, ou Hermann der Cherusker*.

* Germain chérusque romanisé dès son enfance, il tournera casaque pour unir les tribus germaines contre Rome.

8 décembre 2011

Thomas Mann schriebt

Simplicissimus, 21 août 1932

Le 21 août 1932, depuis sa résidence de Nidden sur la côte balte, Thomas Mann écrit aussitôt une carte postale à Karl Arnold :
« Begeister vor der genialen Komik Ihres Kyffhäusen-Bildes im Letzen “Simplicissimus”, senden wir Ihnen herzlichen Gruß und Glückwunsch. Das Blatt müsste massenweise unter die Leute gebracht werden. »*



De retour à Münich, Karl Arnold lui répond le 26 septembre :
« Sehr verehrter Herr Mann !
Ich war längere Zeit auf Reisen und so komme ich erst heute dazu, Ihnen für Ihren liebenswürdigen Gruß zum Kyffhäuserbild zu danken und zu sagen, daß ich mich über Ihren Beifall sehr gefreut habe. — Der Karikaturenzeichner hat ja heute mehr Stoff als im wilhelminischen Zeitalter, aber leider benehmen sich die heutigen Wilhelme schon derartig fertig karikiert, daß es oft schwer ist, ihre Lächerlichkeit lächerlich zu machen. Glückt es aber, dann fühlt “die Masse” ihre heiligsten Güter verletzt und darum freut man sich, wenn man hier und da eine wertvolle Zustimmung bekommt. »**

Des élections législatives ont eu lieu quelques semaines plus tôt ont vu le parti nazi obtenir 37% des voix. Les SA sèment la terreur.



* Enthousiasmés par le génie comique de votre dessin “Kyffhaus” (sans doute une allusion à l’opéra Der Kyffhaus Berg de Henri Marschner, créé en 1816) du dernier “Simplicissimus”, recevez nos chaleureuses salutations et félicitations. Cette page devrait être massivement distribuée à tout le monde.

** Cher monsieur Mann !
J’ai été longtemps en voyage et je puis seulement aujourd’hui vous remercier de vos compliments à propos de mon dessin “Kyffhäuser” et vous dire combien vos applaudissements m’ont fait plaisir. — Le dessinateur a un rôle plus important encore aujourd'hui qu’à l’époque wilhelminienne, mais, hélas, les comportements caricaturés aujourd’hui l’ont déjà été du temps de Guillaume, c'est en général difficile de rendre ridicule leurs ridicules. Si toutefois on y réussit, alors qu’on se réjouit de recevoir ici et là de précieux soutiens, “la masse” sent ses biens les plus sacrés outragés.*

7 décembre 2011

Haut et court


Hitler est au pouvoir. Le Simplicissimus est aryanisé (nous avons déjà vu que Th. Th. Heine sera contraint à l’exil). Goebbels met l’UFA à sa botte.
Karl Arnold publie le 28 mai 1933 ce dessin qui exprime sa sympathie pour les artistes du cinéma (« pas en vogue en ce moment »), comme il avait accompagné l’effervescence artistique et intellectuelle de la république de Weimar.

3 décembre 2011

Autodafé





Dans La Logique des bûchers*, consacré à l’Inquisition, Nathan Wachtel écrit dans sa préface : « L’autodafé n’a pas seulement pour but de répandre la crainte par le spectacle grandiloquent du châtiment ; c’est en même temps un rite d’élimination du mal, d’éradication de l’infection et de l’infamie juives, de purge collective autant physique que spirituelle (…)** ». Dans sa conclusion (De la banalité du mal), tout en préservant comme Hannah Arendt la distinction fondamentale de la « Solution finale » avec tout autre événement de l’histoire, il met en « parallèle, d’une part, la trajectoire du judaïsme ibérique du XVe au XVIIe siècle et, d’autre part, la destinée du judaïsme allemand (voire européen) à l’époque contemporaine*** ».

En 1935, Elias Canetti publie Auto-da-fé, son seul roman.
« Le voilà debout, plongé dans la contemplation de Rome. Il voit des membres qui se débattent. La puanteur de la chair brûlée emplit l’air. Comme les humains sont stupides ! Il oublie son ressentiment, un simple bond et ils seraient sauvés.
Soudain — il ne sait comment cela s’est produit — les hommes se changent en livres. Il pousse un cri déchirant et se rue dans la direction du feu sans prendre le temps de réfléchir. Il court, halète, se couvre d’injures, bondit dans les flammes, allonge la main et se trouve prisonnier de corps humains qui l’implorent. Son ancienne angoisse l’étreint, la voix de Dieu le délivre, il s’échappe et contemple ensuite du même endroit le même spectacle. À quatre reprise, il se laisse duper. La rapidité des événements augmente chaque fois. Il sait qu’il est baigné de sueur. Il aspire secrètement à l’instant de répit qui lui est accordé entre deux paroxysmes. À la quatrième trêve, le Jugement dernier le rattrape. Des charrois gigantesques, hauts comme des maisons, hauts comme des montagnes, hauts comme le ciel, arrivent des deux directions, de dix, de vingt, de toutes parts et s’approchent de l’autel dévorateur. La voix puissante et destructrice raille : “Maintenant, ce sont des livres !” Kien pousse un rugissement et s’éveille. »

* éditions du Seuil, 2009
** p. 28
*** p. 252

ps : Rendons la trouvaille de cet article dIrène Chevreuse dans L’Illustration au feuilleton de Raphaël Meltz, SUBURBS, autour du fort d’Aubervilliers, publié dans le Tigre n°012
ps 2 : La source venant sans doute de Lionel Richard : http://books.google.fr/books?id=BNE3DBprTMwC&pg=PA211&lpg=PA211&dq=%22irène+chevreuse%22&source=bl&ots=jjgp1KdgMd&sig=R61mOWhSQ0bEmnbLAu01peURhi8&hl=fr&sa=X&ei=x7csU9e9OIPP0AXX8YDwCw&ved=0CC0Q6AEwAA#v=onepage&q=%22irène%20chevreuse%22&f=false


Le nazisme et la culture, Lionel Richard

6 août 2011

Match Allemagne-Pérou : place aux sportifs



August Sander, Société de gymnastique, 1930



Martin Chambi,
Équipe de basket-ball de l'université de San Antonio, Cuzco, 1931

3 août 2011

Match amical Allemagne-Pérou




Martin Chambi, L’orchestre de la famille Echave, Cuzco, 1931

August Sander, Le quatuor du Gewandhaus, Leipzig, 1921

26 juillet 2011

Nuit sur l’Allemagne

Toujours en Argentine, Clément Moreau produisit en 1937 cent sept linogravures d’après un texte d’Erich Mühsam : Nacht über Deutschland (Nuit sur l’Allemagne).




Dans son journal, à la date du 9 octobre 1933, Victor Klemperer écrit : « Gusti (sa sœur) parle aussi beaucoup de certains camps de concentration particulièrement terribles, des souffrances qu’on a imposées à Erich Mühsam, lui qui a maintenant soixante ans. Il avait été libéré quand on a trouvé un journal qu’il avait tenu en détention, et on l’a remis en prison. — Moi-même, on me met constamment en garde contre le fait de tenir un journal. Mais pour le moment, je ne suis pas suspecté. »
Et le 14 juillet 1934 : « Dans ma jeunesse bohème, le nom d’Erich Mühsam a joué un certain rôle. Je ne sais pas si je l’ai vu moi-même, si je lui ai parlé, ou si je le connais que par les nombreux récits d’Eva (la femme de Klemperer) et d’Erich Meyerhof, et aussi par le Simplicissimus. C’était un inoffensif bouffon de Munich-Schwabing et un brave bonhomme. Bien assez terrible que sa participation à la Räterepublik lui ait valu plusieurs années de prison. Voilà que dans le Freiheitskampf — on me l’envoie à des fins de réclame depuis plusieurs jours — je lis : « Le Juif Erich Mühsam, en détention préventive, s’est pendu dans sa cellule. »
Erich Mühsam fut assassiné par les SS en 1934 au camp d’Oranienburg-Sachsenhausen. Il avait collaboré au Simplicissimus dans les années 1906-07.


lien indispensable : 
http://www.clement-moreau.ch/downloads/Heft32.pdf