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10 mars 2012

Or et azur



Alfons Schepers a gagné trois fois Liège-Bastogne-Liège, la très wallonne « Doyenne », en 1929, 1931 et 1935, une fois De Ronde, le Tour des Flandres, le 2 avril 1933, triomphe après lequel court tout flahute bien né, préfiguré deux semaines plus tôt, le 14 mars, par le bonheur d’avoir gagné, sous les couleurs rouge et blanc de La Française-Dunlop pour laquelle il a couru quatre saisons, la première édition de Paris-Nice aujourd’hui reconnue comme « la course au soleil », baptisée cette année-là Les Six jours de la route à l’image des populaires épreuves hivernales sur piste couverte, en remportant à Dijon la première étape de 312 kiomètres, en 8 heures 48 minutes et 50 secondes, soit à la formidable moyenne de 35,398 kilomètres par heure, y troquant son maillot rouge et blanc pour enfiler celui azur et or qu’il ne lâchera plus jusqu’à l’or et l’azur de la Promenade des Anglais en dépit des assauts de ses compatriotes Jean Aerts, Louis Hardiquest et Bernard Van Rysselberghe, ou des Français Fernand Cornez et Benoît Fauré, et pour finir de l’Italien Francesco Camusso ragaillardi par l’air du pays tout proche et soucieux d’honorer Garibaldi.

Mes arrière-grands-parents Schnerb, Maurice et Florine — ou Maurice, y allant seul applaudir les Belges, malgré son ardent patriotisme, en pensant à ses cousins partis pour Anvers, voire les Italiens en hommage à son père Lazare qui défendit Dijon avec la légion garibaldienne en 1871 —, ont-ils laissé leur magasin rue de la Liberté pour assister à l’arrivée des champions, bien que je doute fort que ce sport fût leur genre, celui de Florine en tout cas, sauf à imaginer qu’ils aient participé à la fête en offrant une prime à l’arrivée pour faire un peu de réclame à leur commerce de chaussures.


(voir la page du 10 octobre) : http://plusoumoinstrente.blogspot.fr/2011/11/au-bon-accueil.html

28 novembre 2011

Au bon accueil





L’un de ces deux hommes se nomme Liebschütz, Henri, le frère de Georges, mon arrière-grand-père maternel. Ils vont d’un bon pas. La prospérité semble les avoir gâtés. Ils sont habillés très chic. Leur allure est celle de tout nouveaux ministres se rendant à l’Élysée pour leur premier conseil. Mais nous ne sommes pas à Paris, mais plutôt à Chalon-sur-Saône, la ville natale de Nicéphore Niépce, où le père d’Henri, Emmanuel, fils de modestes marchands forains alsaciens très attachés à la France, est venu en 1870 combattre avec les troupes de Garibaldi. Il y rencontra Céline Jacob. Ils tiendront une boutique de passementerie, puis de chaussures (« Au bon accueil »). Henri est représentant de commerce.
Le photographe les attend sur le trottoir, Liebschütz le regarde fièrement. Son ami (collègue ou associé) est moins concerné. Il ne faut pas les manquer, il faut faire vite, il est exclu de leur demander de s’arrêter pour poser. Derrière eux, coiffé d’une casquette, un homme pourrait bien les photographier aussi (à leur insu ?), comme chargé du contre-champ, et un autre se retourne, cherchant à savoir qui il pouvait bien avoir croisé, ou intrigué par le manège du photographe — que ce soit un professionnel ou un familier d’un des deux hommes (d’Henri probablement).



Henri Liebschütz est mort à Auschwitz le 12 mars 1944, sa femme Émilie aussi, à l’âge de soixante-dix ans.