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8 janvier 2013

Ordre et désordre à Prague



Karel Teige typographe, Adolf Hoffmeister, 1930




Au café, Adolf Hoffmeister, 1930


Odeon est une maison d’édition pragoise qui publia ReD, revue fondée par Karel Teide en 1927, d’une orientation évidemment marxiste.
http://bohemica.free.fr/auteurs/teige/teige.htm.
Cette bagarre était-elle liée à la polémique que Teide eut avec Le Corbusier sur le beau et l’utile, en cette époque où, même sans quitter Prague, les controverses esthétiques et politiques du côté de l’avant-garde ne manquaient pas ?

5 janvier 2013

Colombe à double sens





LUTTE CONTRE LE BOLCHÉVISME
Paisible Allemagne / pacifique Italie / 
Espagne enfin humaine grâce à Franco / qui menacent la paix !


En 1937 Antonín Pelc était de longue date un virulent antifasciste, communiste ou « compagnon de route ». 
Quant il dut fuir en 1939 suite à l’invasion allemande de la Tchécoslovaquie, c’est aux États-Unis qu’il aboutit en 1941 après de douloureuses péripéties. 
Entre-temps, le pacte germano-soviétique fut signé, puis dénoncé par Hitler. 

Le Lidové Noviny, prisé des intellectuels, n’était pas un journal communiste (quoique Quotidien du peuple), mais comme beaucoup en Europe, Pelc voulait croire que la paix passait par Staline, fermant les yeux sur la répression, particulièrement virulente ces années-là avec les procès de Moscou. 
Curieusement, bien que la moustache soit avenante, la bonhommie du Staline de Pelc est matoise, il pourrait être aussitôt inquiétant. La colombe est dans une cage, au garde à vous, elle semble soumise au bon vouloir de son maître ; l’y aurait-il enfermée — pour la protéger de ses ennemis comme la légende du dessin le laisse entendre — en attendant de profiter de la situation ? Et l’Oméga, l’étoile à cinq branches [est celle] qui brillait au-dessus du royaume des camps, comme l’écrit Julius Margolin.    


21 décembre 2012

La Santé en 39-40


En 1969, alors qu’Adolf Hoffmeister est réfugié en France après l’écrasement du Printemps de Prague en août 1968, les éditions Gallimard publient La prison où il raconte son séjour à la Santé entre 1939 et 1940, accompagné de six dessins de ses codétenus.
En avant-propos, Hoffmeister présente ainsi son livre : « Réfugié en France après l’occupation de la Tchécoslovaquie par les nazis, porté sur la liste noire de la Gestapo, j’ai été arrêté et mis en tôle à Paris pendant la drôle de guerre pour les opinions trop avancées et trop libres à cette époque de l'histoire. C’est à la prison de la Santé que j’ai écrit, pendant sept mois, en confinement solitaire, ce journal et ces dialogues de détenus. »

Adolf Hoffmeister, 1940


Le premier chapitre s’intitule L’abandon : « Le 24 septembre 1939, se refermait sur moi la porte de la cellule numéro 10, douzième section de la prison de la Santé. Il était environ 13 h 30. C’était un dimanche à Paris. Le temps était clair, et un peu frais.
Tout d’abord, je m’étais senti gêné, oui, confus. Puis amer, à en rire, à l’idée que je pouvais me retrouver en prison.
Quelle idée insensée ! Est-ce donc aux adultes aujourd’hui de jouer aux enfants ? Ou bien ne sommes-nous que des enfants qui jouent aux adultes ? Ma conscience n’avait rien à se reprocher, et le décalage était trop criant, tant l’accusation était grave. Quelle tournure soudaine avaient pris les événements de ces dernières semaines. Quelle métamorphose complète de tout !
Une chose au moins était claire : notre navire avait fait naufrage. […] »




http://plusoumoinstrente.blogspot.fr/2012/12/the-animals-are-in-cages.html

30 novembre 2012

Le Fred Astaire du football





La coupe du monde de football 1934, la deuxième après celle en Uruguay, eut lieu en Italie fasciste qui profita pleinement de l’aubaine pour sa propagande, surtout qu’elle l’emporta contre la Tchécoslovaquie (2-1), la Tchécoslovaquie ayant battu l’Allemagne en demi-finale (3-1), à Rome, alors que la Nazionale battait l’Autriche dans l’autre demi-finale (1-0), l’Autriche où figurait le “Mozart du football” Matthias Sindelar, son avant-centre, qui s’y blessa, facilitant la tâche des azzuri qui n’avaient pas le droit de perdre devant Mussolini.
À lire les descriptions de son physique et de son jeu, autant que Mozart, il fut le Fred Astaire du football.

D’origine tchèque, Matěj Šindelář se suicida en 1939 avec sa compagne juive italienne Camilla Castagnola, à moins qu’il fût assassiné par la Gestapo.






Soma Morgenstern, dans Errance en France, évoque Matthias Sindelar en décrivant un match de football improvisé au stade de Buffalo, en mai 1940, entre internés, où […] l’Autriche, renforcée par deux puissants Sarrois, battait l’Allemagne par 6 buts à 0 ! Comme autrefois à Vienne, au Prater, au stade, en 1931. Oh, comme c’était beau ! Vous rappelez-vous encore comment dès le départ, Sindelar, « l’homme de papier », dribble deux Allemands avec une feinte de corps, et d’un coup horizontal passe le ballon à Gschweidl, le « conseiller aulique », et le « conseiller » le prolonge vers Zischek qui avec présence d’esprit tire du pied gauche dans le coin droit des buts ? Trente secondes après le commencement du match : 1 à 0, et onze Piefkes stupéfaits ! C’est Schall qui a inscrit le deuxième but. Non, et Vogl, le Vogl ! C’était l’équipe miracle de Vienne. Hugo Meisl l’a créée. Il est mort. Sindelar l’a dirigée. Après l’Anschluss, il s’est suicidé. C’était l’âme de l’équipe miracle, le Sindi. Le football aussi à une âme. Mais c’était l’âme viennoise. Sous le talon de la botte prussienne, elle a éclaté, l’âme footballeuse de Sindi. Quel était son prénom ? Matthias. Il était serrurier de son métier, « l’homme de papier ». Honneur à sa mémoire. 
(Ajouté le 26 décembre 2016, traduction Nicole Casanova, à deux modifications footballistiques près)

24 novembre 2012

À Prague avec Adolf Hoffmeister



Adolf Hoffmeister, Simplicus n°4, 1934
L’ordonnance : “Nous vous annonçons humblement le nouveau magazine, le Simplicus. ”
Le censeur : “Attendez un peu, je dois tailler mon crayon !”



Adolf Hoffmeister est né à Prague en 1902 dans une famille aisée propriétaire d’un grand hôtel. Il voyage à Paris en 1922 où il côtoie le groupe surréaliste, se lie à Soupault et à Tzara, rencontre Le Corbusier, et s’engage alors dans la peinture tout en finissant ses études de droit une fois rentré à Prague. Mais en 1925, son doctorat en poche, il débute dans la caricature, tant de portrait (Cocteau, Maiakovski, Pasternak, Kafka, Seifert, Gorki, Aragon, Joyce…) que politique, particulièrement après l’arrivée de Hitler au pouvoir, dans le Simplicus (http://plusoumoinstrente.blogspot.fr/2012/11/le-simplicissimus.html). Il émigre en 1939 vers la France où il est tenu pour un agent de Moscou suite au pacte germano-soviétique, mais parvient à gagner le Maroc, puis le Portugal, Cuba et enfin les États-Unis où, avec Antonín Pelc (http://plusoumoinstrente.blogspot.fr/2012/11/a-prague-avec-antonin-pelc.html), il expose au musée d’art moderne de New York. 

Adolf Hoffmeister et Antonín Pelc entourant le président Beneš en exil 
lors du vernissage de leur exposition au Musée d’art moderne de New York, en 1943

En 1945, il est désigné pour représenter la Tchécoslovaquie à l’UNESCO qui siège à Paris, puis devient ambassadeur de son pays en France après le coup de force communiste en 1948, jusqu’au moment du procès Slansky, en 1951, où il est rappelé à Prague et ramené désormais à la seule fonction de professeur à l’école supérieure de cinéma et des arts graphiques (VSUM-PRUM). Dans cette deuxième partie de sa vie, s’il n’abandonne pas la caricature, il privilégie cependant le collage et l’illustration. Hoffmeister meurt en 1973, de retour dans son pays, après avoir quitté la Tchécoslovaquie pour revenir en France quand les troupes du Pacte de Varsovie achevèrent le printemps de Prague, pour y être enseignant à l’université de Paris VIII, à Vincennes.



L’art dans le IIIe Reich, Adolf Hoffmeister, Simplicus n°1, 1934



Le IIIe Reich en avril : on ne voit plus la famille Goebbels à aucune festivité
car elle se consacre entièrement à des tâches spirituelles
, Adolf Hoffmeister, Simplicus n°10, 1934



Pablo Picasso peignant Guernica, Adolf Hoffmeister, 1937


Le bienfaiteur : “Bientôt je vous donnerai du gaz pour rien”, Adolf Hoffmeister, Simplicus n°34, 1934 



17 novembre 2012

À Prague avec Antonín Pelc



Antonín Pelc, Le manifeste tchèque du surréalisme, 1935

Antonín Pelc est né le 16 janvier 1895 à Lišany u Rakovníka en Tchécoslovaquie, dessinateur, peintre et illustrateur, il débute en 1919 dans le šibeničky après des études aux Beaux-Arts de Prague de 1913 à 1916 et sa démobilisation, pour devenir dans les années vingt un caricaturiste politique très en vue, dans le Simplicus http://plusoumoinstrente.blogspot.fr/2012/11/le-simplicissimus.html, le Rude Pravo communiste, Lidové Noviny, Kulturní tvorba, Literární noviny… jusqu’à publier dans le New York Times. Très impliqué dans le combat antifasciste, il dut s’exiler en 1939 mais, après un séjour à la Santé, il fut interné en France au camp de Damigny, gagne la Maroc en 1940, où il est de nouveau arrêté et interné, puis la Martinique, avant de réussir à atteindre les États-Unis, où il expose en 1943 au musée d’art moderne de New York en compagnie de son ami Adolf Hoffmeister avec lequel il avait partagé son périple, avant de revenir dans son pays à la Libération pour y devenir professeur, d’abord à l’École des arts appliqués puis à l’Académie des Beaux-Arts de Prague, se consacrant principalement à la peinture tout en soutenant le régime communiste dont il reçut tous les honneurs comme celui d’“Artiste national” en 1963. 
Il meurt en 1967, alors que débute le “Printemps de Prague”.



Antonín Pelc, Národní divadlo o sobě, 1935-36


Antonín Pelc, Autoří podpisují svá díla, 1935-36


Antonín Pelc, Divadla se připravují, 1935-36


Antonín Pelc, Šetřte plynem!, 1935-36


Antonín Pelc, Volební týden výtvarného umění, 1935-36

14 novembre 2012

Simplicissimus en exil






« [Le Simplicissimus] reparut à Prague en langue allemande et tchèque, dirigé par Heinz Pol, s’efforçant de redonner vie au Simplicissimus de Thomas Th. Heine sous le titre Der wahre Simplicissimus. Th. Th. Heine [qui était réfugié alors en Tchécoslovaquie] désavoua le journal par peur des réactions nazies et menaça d’un procès la rédaction de Prague. Celle-ci reconnut dans un article que Th. Th. Heine n’avait aucun rapport avec le journal. Le premier numéro de Simplicus parut le 25 janvier 1934, raillant le Simplicissimus qui avait fait la paix avec les nazis. Il cessa de paraître le 26 juin 1935, faute de moyens financiers. »

Jean-Michel Palmier, Weimar en exil, note 2, p. 209.