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4 août 2014

Ralph Barton, the Champion



Ralph Barton, A Short History of the Chorus Girl, in Judge, 15 mars1924


Ralph Barton est un des champions de ce blog, comme ami intime de Chaplin, et surtout comme dessinateur chroniqueur du monde des arts et des lettres dans les années vingt, The Last Dandy selon les termes de son biographe Bruce Kellner, une figure à la Gatsby. Pour rester parmi les premiers du classement, il nous faut trouver de loin en loin une nouveauté.
Très lié à Miguel Covarrubias qu’il prit sous son aile à son arrivée à vingt ans aux États-Unis (il en fit le portrait pour Vanity Fair dès janvier 1924), il n’est pas étonnant de découvrir que Nickolas Muray l’ait pris en photo, lui-même membre éminent du cercle mexicain autour de Frida Kalho.
Il date de 1931, l’année de son suicide dont les circonstances sont relatées par Chaplin dans ses mémoires.
http://80grammes.blogspot.fr/search/label/Ralph%20Barton




Ralph Barton, Nickolas Muray, 1931


Ralph Barton aurait-il reçu la Légion d’honneur ? Qu’il fût francophile, nul doute (ce ne fut pas la moindre motivation de son mariage avec Germaine Tailleferre). Mais ce que rapporte Kellner nous en fait douter.


Barton’s letters prior to twenties offer only occasional glimpses of his life outside his library or away from his drawing board, but one of them, about America’s entry into the war, is sufficiently passionate to leave no doubt that it is an accurate reflection of his beliefs. From time to time Tom Noonan, Barton’s friend at the American embassy in Paris, had sent him bulletins about the bombings there, searchlights playing over the sky, families fleeing for the underground shelters. They distressed Barton markedly because his affection for allegiance to France had become permanent with his first visit in the spring of 1915. He had been delighted with England, too, but America’s declaration of war in april 1917 forever altered his attitude toward England and must account for his subsequent emotional allergy to all things British. “Why this sudden love the bigotted, shirking, beef-guzzling English, who have laughed at us and sneered at us and done us dirty tricks for 200 years, I don’t know, ” he wrote. Further, he refused to be “horror-stricken at Germany’s treatment of Belgium.” Sherman’s march to the sea during the American Civil War had managed its own share of rape and murder, he continued, and “poor little Belgium hasn’t yet wiped the blood of thousands of Congo niggers from her hands.” One nationality was «capable of being as low as another and have all proven it, but we are all trying to cast the first stone—I suppose in the effort to fool each other and ourselves into believing that we are without sin.” American conscription infuriated him even more, and he threatened «tu go to jail first and do some reading” rather than participate in some one else’s war. He was especially angry that “England went two years of the war without drafting a man… And yet we, to fight the battle of the British Empire, revoke our Constitution and begin a draft before we have fired a gun!”


Bruce Kellner, The Last Dandy, University of Missouri Press 


n°395

29 mars 2013

Harlem vu par la gauche



William Siegel, The White Bourgeois Version of the Negro, ill. New Masses, 1930

William Siegel, The Negro as the White Worker Knows Him, ill. New Masses, 1930

Dans son ouvrage Enter the New Negroes, Images of Race in American Culture, paru en 2004 aux Harvard University Press, Martha Jane Nadell publie ces deux dessins de William Siegel parus dans le magazine de gauche New Masses, dessinateur certes sans originalité graphique (et sans postérité) mais qui pourrait bien fustiger là cette espèce de dessinateurs dont l’un des paragons était le dandy Ralph Barton, échotier des fêtes fastueuses de New York à Hollywood, et comme une réponse à son livre God’s Country (dédié à son épouse la compositrice Germaine Tailleferre), une traversée historique et humoristique de l’Amérique, paru en 1929, où le seul personnage noir dessiné est la maîtresse esclave de Thomas Jefferson.

Ralph Barton, God’s Country, éd. Alfred A. Knopf, 1929

Dans sa présentation de Barton, l’éditeur écrit que le dessinateur possède aussi un joli talent d’écrivain : Thus far, this side of this talent has been confined to his all too infrequent appearences in  the public prints and to such pieces as his Preface to the Negro Drawings of Miguel Covarrubias, livre que Knopf publia deux ans auparavant.


Dans la même étude de Martha Jane Nadell, nous retrouvons d’autres dessinateurs parmi lesquels Winold Reiss et Miguel Covarrubias, ainsi que les photographes Russell Lee, Jack Delano et Arthur Rothstein.

13 septembre 2011

Un mariage déconcertant


Germaine Tailleferre (du groupe des Six avec Poulenc, Milhaud, Auric, Durey et Honegger) fut l’épouse de Ralph Barton à qui elle dédia ce concertino pour harpe et piano composé en 1927, peu après leur mariage.





Bruce Kellner*, le biographe de Barton, écrit : « His considerable charm, of which both friends and enemies spoke, his impecable manners, his flawless French prononciation, and his ardor for all things French, could not have failed to win some attention from Germaine Tailleferre, who spoke no English and had never felt comfortable in America. After the party, he offered to drive her back to her hotel in his white Voisin. En route he asked her to marry him the next day. She thought he was making fun of her, joking, but he was deadly serious. Some years earlier, Germaine Tailleferre had suffered a heartbreaking love affair; she would never love that way again, she reflected long afterward in attempting to explain to herself why she had accepted Barton’s offer. »


Germaine Tailleferre rencontra Charlie Chaplin quand il débarqua chez le couple quelques jours après leur mariage, à New York, où il consultait son avocat pour préparer son divorce d’avec Lita Grey.
« Comme j’admirais beaucoup ce qu’il faisait, je l’ai poussé à ce qu’il fasse lui-même la musique de ses films. Je lui disais: “Cela vous ressemble tellement, cela émane tellement de votre personnalité, ce n’est pas la peine d’avoir des nègres. Il faut avoir des nègres pour transcrire la musique, pour transposer, pour lui donner une forme quelconque, mais il faut donner vos thèmes vous-même”. Il n’osait pas trop, tout de même, se risquer. Il m’avait demandé de l’aider à ce genre de travail ; c’était au moment où il préparait son film Circus. Alors nous avons joué des thèmes ensemble et il voulait que j’aille à Hollywood pour les travailler avec lui. Seulement mon mari n’a pas voulu et je n’ai pas pu aller à Hollywood ; cela m’aurait beaucoup amusée, mais enfin cela ne s’est pas arrangé. En général les maris détestent que les femmes se fassent remarquer d’une façon ou d’une autre. Moi je n’aurais pas demandé mieux que de rester anonyme, mais Charlie voulait que je signe avec lui. Nous sommes partis en France, mon mari et moi, et je verrrai toujours, pendant que le bateau s’éloignait, notre pauvre Charlie qui était là sur le quai, qui nous regardait tristement et qui resta tout seul très longtemps à regarder le bateau disparaître. » (entretiens avec Georges Hacquard, 1979)


Ralph et Germaine dans leur patio du 46 rue Nicolo à Paris (aujourd’hui, semble-t-il, clinique de la Muette).

Ralph Barton se suicida un mois après son divorce. Mais la passion de sa vie resta l’actrice Carlotta Monterey qui, deux ans auparavant, avait épousé le dramaturge Eugene O’Neal qui venait de divorcer d’Agnes Boulton, la mère d’Oona qui, quinze ans plus tard, devint Oona Chaplin au grand courroux de son père qui ne lui pardonna jamais.

* The Last Dandy (préface de John Updike), University of Missouri Press