n°530
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6 mai 2019
27 février 2015
Un Roumain sur la promenade des Anglais
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| Panaït Istrati |
Nous avons déjà évoqué Panaït Istrati exerçant un de ses multiples métiers, photographe des rues, au milieu des années vingt à Nice. http://plusoumoinstrente.blogspot.fr/search/label/Panaït%20Istrati
Un article de Jean Desthieux, paru dans Notre temps en 1933, nous en dit davantage après qu’il eut rencontré “le célèbre conteur” de retour à Nice pour se soigner de la tuberculose qui l’emporta deux ans plus tard :
« […] — Il est inimaginable que l’on traque ainsi les photographes ambulants. On les traque, en effet, parce que messieurs les commerçants photographes patentés de Nice, élégamment syndiqués, n’entendent pas que des concurrents puissent circuler en liberté autour de la clientèle sans être assujettis aux taxes qui leur sont imposés à eux-mêmes…
Ce n’est pas juste, dit avec raison Panaït Istrati.
Parce que dans une ville qui, comme Nice, fait un considérable effort de publicité pour attirer à soi toujours plus de visiteurs, et cela à gros frais, on devrait comprendre que les photographes de la promenade des Anglais constituent des agents de propagande d’autant plus précieux qu’ils ne coûtent rien au budget municipal.
Songez donc ! Trente photographes qui prennent une douzaine de clichés par jour ! ces photographies, tirées chacune à une douzaine d’exemplaires ! 4320 images qui s’en vont, chaque jour à travers le monde, et qui disent partout :
— Tiens ! les Untels sont à Nice ! les veinards ! Voyez comme il y a du soleil, à Nice, et comme on y est légèrement vêtu, pendant qu’ici nous grelottons de froid sous nos houppelandes… Et ces palmiers ! Voyez ces palmiers ! Ah ! quand donc irons-nous à Nice nous aussi ?
C’est parce qu’un jour ils ont reçu une carte postale de Nice, ainsi datée, authentifiées par la présence d’un visage d’un visage ou d’une signature amis, que tant et tant de citoyens d’Amérique ou d’Europe éprouvent la nostalgie du pays niçois… Le syndicat d’initiative de Nice, ajoute Panaït Istrait, devrait subventionner, encourager ces photographes bienfaisants plutôt que de les laisser traquer comme des prostituées par la police… […] »
Paru dans Le Vagabond du monde (éditions Plein Chant, 1991)
http://plusoumoinstrente.blogspot.fr/2015/02/debarquement-odessa.html
http://80grammes.blogspot.fr/search/label/Panaït%20Istrati
http://80grammes.blogspot.fr/search/label/Panaït%20Istrati
n°441
24 février 2015
Débarquement à Odessa
« En mars 1928, Panaït Istrati et sa compagne, Marie-Louise Baud-Bovy dite Bilili, débarquent dans le port d’Odessa en République socialiste soviétique d’Ukraine. Ils arrivent ensuite en avril à Kiev où le réalisateur Alexandre Dovjenko les accompagne visiter les studios de cinéma. Nikos Kazantzaki les rejoint en mai à Kiev.
Consulter le n°11 des Cahiers Panaït Istrati 16 mois en URSS préfacé par Michel Ragon pour en savoir plus sur le voyage en URSS de Panaït Istrati, Bilili, Nikos Kazantzaki et Eléni Samios ainsi que Vers l'autre flamme de Panaït Istrati (Folio) et La véritable tragédie de Panaït Istrati d'Eleni Samios-Kazantzaki (Editions Lignes). »
Les amis de Panaït Istrati, amisdepanaitistrati@orange.fr - http://www.panait-istrati.com
Panaït Istrati, en écrivant Vers l’autre flamme à son retour d’URSS, fut vilipendé par les communistes pour avoir exprimé sa déception avec la franchise qui le caractérisait.
n°440
18 mars 2012
Du côté de Panaït Istrati
Depuis les prémices de Trente, j’espère croiser Panaït Istrati le Roumain autodidacte qui écrivait des romans balkaniques en français, violents et généreux, que j’ai tant lus dans les années quatre-vingt. La proximité avec Babel m’y conduit. Pourtant il ne semble pas s’être rencontrés. Pourtant ils ne se sont sûrement pas évités, l’un comme l’autre dans la mouvance de Gorki, bien que Panaït Istrati fût à Moscou pour les festivités du dixième anniversaire de la révolution d’Octobre, où débuta l’amitié avec Nikos Kazantzakis, alors que Babel séjournait en France. Parmi les cent métiers qu’il exerça peu ou prou, il fut photographe ambulant sur la promenade des Anglais, et plus durablement peintre en bâtiment.
Quand Istrati débarque à Odessa en mars 1928 après un crochet par la Grèce d’où il est expulsé, Babel ne s’est pas encore résolu à quitter la France.
C’est Boris Souvarine, en les associant dans ses souvenirs, qui les relie.
Panaït Istrati est cloué au pilori après son retour d’URSS en 1929, après qu’il a écrit Vers l’autre flamme où il ne cache rien de ce qu’il a vu, l’effondrement d’une espérance, alors qu’il était parti pour y rester, avec Kazantzakis, horrifié par la situation « terroriste » grecque.
« Ce fut seulement pendant les trois derniers mois de mon séjour … que le charme se rompit, que le voile tomba brusquement et que la situation réelle, absolument évidente pour tout homme de bonne foi, s’imposa à moi dans toute sa cruauté. »
L’écrivain « révolutionnaire et prolétarien » fut accusé alors d’être le suppôt des Croix fléchées, les fascistes roumains, entre autres forfaitures, par un aréopage accusateur dont se dégage la figure d’Henri Barbusse en procureur calomniateur — lui-même en difficulté, sa revue Monde étant soupçonnée de trotskysme, il avait à se faire pardonner —, alors que Gorki se taisait, et que son cher ami Romain Rolland, son mentor, à qui il avait écrit « Ami, j’ai cassé la vaisselle », sans l’accabler publiquement (il se désolidarise dans son Journal de cette exécution publique), reste indéfectiblement aligné sur Moscou pour ne pas donner de grain à moudre aux ennemis du peuple, sera à jamais convaincu qu’Istrati avait commis de « graves erreurs de conduite politique, qui lui ont fait tort à la fin de sa vie, et que j’ai déploré dans les dernières lettres que je lui ai écrites ».
Panaït Istrati meurt en 1935, à 51 ans, des suites d’une tuberculose.
L’Humanité écrit qu’il est mort « dans la peau d’un fasciste ».
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