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2 avril 2017

La chambre de Rilke



George Grosz, Walter Mehring, 1925



« La chambre habitée jadis par Rilke à l’hôtel Foyot est maintenant occupée par le romancier autrichien Joseph Roth, dont le style musical rappelle les harmonies de Rilke autant que la délicatesse de son trait de plume et son penchant à la rêverie mystique. Il porte aussi une moustache de veau marin, mais son visage revêt le masque d’un Silène depuis que son épouse, créature d’une inquiétante suavité, sombra dans un accès de dementia praocox. Tout le jour, il écrit dans un bistrot en face du Sénat et, au soleil couchant, un groupe d’exilés vient se joindre à lui, vieux révolutionnaires impénitents, romanciers dont les œuvres furent brûlées en autodafé en 1935, artistes éloignés de la scène, anciens ministres ou anciens professeurs, légitimistes partisans des Habsbourg, prêtres et militaires sans églises et sans commandements, engagés volontaires en chemin pour l’Espagne, arrogants ou amers ; et ce sont aussi les femmes, les amies dont la fidélité faisait oublier toutes les misères, des intrigants, des mendiants de visas : tous venaient confier leurs préoccupations au romancier pour lequel toute vie terrestre n’était qu’un exil temporaire de l’éternité. Il les écoutait tous attentivement du fond de sa lucide ébriété… la nuit… 
“Le jour. La nuit. Le jour…” Que diable, je veux savoir ce qui suit !
Mais où est ma bibliothèque ? C’est le golem qui s’en est emparé. »

Walter Mehring, La bibliothèque perdue







n°518



8 janvier 2012

Et les gants


Dans sa préface à l’édition de neuf romans d’Emmanuel Bove en un volume*, Jean-Luc Bitton cite Rainer Maria Rilke qui, dans une lettre à son traducteur Maurice Betz, écrit à propos d’Emmanuel Bove : « Dans ma jeunesse, on avait l’habitude de se faire des gants “sur mesure”. Se faire tenir la main par le gantier était une sensation très particulière. En lisant le plus récent livre de Bove j’ai eu le souvenir de cette sensation, jusqu’au sentiment physique des doigts exposés aux calculs du gantier. »
Gilles Ortlieb cite aussi ces propos de Rilke dans son texte Les Paradoxes d’Emmanuel Bove, paru dans Sept petites études aux éditions Le Temps qu’il fait, et introduit ainsi son texte : « Car il faut bien dire, d’emblée, que le nombre est restreint des écrivains dont la première lecture ait éveillé un sentiment du jamais lu, et dans lesquels on se voit aventuré avec une sorte d’incrudulité d’abord amusée, puis amusée de l’être, avant de se métamorphoser enfin, une fois la lecture achevée, en un saisissement songeur et plus grave, légèrement embarrassé de n’avoir, pour ainsi dire, rien à ajouter. »

En 1926, l’année de sa mort, Rilke rencontra Bove.


* mille&unepages, chez Flammarion

Et rendons aux éditions J. Ferenczi & fils la première publication de Mes amis, en 1924, grâce à  Colette.
ps : Et puis, comme nous sommes dans les escaliers et que nous faisons aussi dans la réclame, remontons les sept étages qui mènent chez Maurice & Léa, dans la bibliothèque desquels Emmanuel Bove figurait en bonne place, et en bonne compagnie : http://www.maurice-et-lea.blogspot.com/