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9 juin 2015

Metropolis



Th. Th. Heine, Simplicissimus, 27 janvier 1927



Aussitôt après la sortie de Metropolis le 10 janvier 1927, Th. Th. Heine se charge d’en rendre compte auprès des lecteurs du Simplicissimus.




n°463

23 mai 2012

Nostalgie millénaire

Lisant ces jours derniers De la destrucion de W. G. Sebald, je retrouve la bataille d’Arminius (ou de Teutoberg), évoquée naguère : http://plusoumoinstrente.blogspot.fr/search/label/Arminius


« […] Les romans de Ledig*, qui ne cèdent en rien aux travaux d’autres auteurs des années cinquante qu’on cite et étudie encore maintenant, furent exclus de la mémoire culturelle parce qu’ils menaçaient de rompre ce cordon sanitaire mis en place par la société autour des périmètres de mort résultant des brèches dystopiques existantes. Ces brèches étaient au demeurant non seulement  le produit […] d’un mécanisme de destruction aux dimensions industrielles, mais aussi la conséquence de la propagation, de plus en plus débridée depuis les tumultes de l’expressionnisme, d’un mythe du déclin et de la dévastation. Anticipant la rhétorique fasciste du combat jusqu’au dernier souffle, le film de Fritz Lang La Vengeance de Kriembild, de 1924, en est le pradigme le plus fidèle, où toute la force armée d’un peuple court plus ou moins sciemment à sa perte pour finalement s’anéantir dans les bûchers d’un spectacle pyromaniaque qui frappe de stupeur. Et tandis qu’à Babelsberg Lang mettait en images reproductibles les visions de Thea von Harbou pour le public allemand, les spécialistes en logistique de l’armée travaillaient déjà, une décennie avant la prise du pouvoir par Hitler, à une ahurissante réédition de l’exploit des Chérusques écrasant les troupes romaines de Varus, un script à vous glacer les sangs qui prévoyait l’anéantissement des troupes françaises sur le sol allemand, la dévastation de contrées entières et des pertes sans nombre parmi la population civile. »

* Gert Ledig (1921-1999), Vergeltung (Sous les bombes), 1956, réédité en Allemagne en 1999, traduit chez Zulma en 2003.  

La mort de Siegfried vue par Th. Th. Heine dans le Simplicissimus du 7 avril  1924
Siegfried dans Fritz Haber de David Vandermeulen (Delcourt)

Ce blog a déjà vu passé Siegfried, et Fritz Lang, dans un tout autre contexte :
http://plusoumoinstrente.blogspot.fr/2011/08/bisbilles-au-cine-moka.html
Et pour retrouver W. G. Sebald, outre lire ses livres, une seule adresse : http://norwitch.wordpress.co

20 août 2011

Bisbilles au Ciné-Moka


M. Richard Rivière et M. Prosper Lefèbvre, chacun dans sa partie, tenait son rôle pour le premier. L’un dirigeait « Le Meilleur Orchestre » et l’autre projetait « Les plus Beaux Films » au Ciné-Moka de Limoges. Ils avaient surtout l’art de se mépriser.
Le chef d’orchestre arrivait tous les soirs au dernier moment pour la séance de 8 h 30. Il stationnait sa Renault Torpedo devant le cinéma, qu’elle fût bien en vue et faisait son entrée par la salle, pour qu’il fût bien en vue. Il s’appliquait à ce que toutes les têtes se retournassent, surtout celles qui s’habillaient aux Dames Françaises, alors que les musiciens étaient déjà dans la fosse à s’accorder en grinçant. Richard Rivière avait fait ses classes d’orchestre et de composition au Conservatoire sous la férule de Jules Massenet avant de diriger sempiternellement les mêmes scies des Strauss et de Waldteufel à Plombières, puis à Molitg-les-Bains, pour les asthmatiques et les rhumatisants. Diriger un orchestre de cinéma était un choix, affirmait-il avec superbe. Il pouvait enfin faire de la musique comme il l’entendait. Charlot l’ennuyait, certes, un piano eût suffi à accompagner ses gesticulations, mais il avait des compensations comme toute cette semaine d’octobre où il pouvait enfin se confronter à Wagner avec qui il partageait le prénom (quand il partageait son nom avec le vieux Bach). La Mort de Siegfried était programmée, une superproduction tirée de la légende des Nibelungen comme le disait le programme à l’intention des ignares. Jouer Wagner avec douze musiciens était une gageure, des musiciens pas fameux de surcroît mis à part la harpiste qui avait de jolis bras. Afin de ne pas ronger son frein pendant les actualités, le documentaire sur la fabrication d’une automobile et le deuxième épisode de La Justicière (une sottise injustifiable), Richard Rivière avait prévu d’y inclure en filigrane l’ouverture de Siegfried, comme les petits cailloux mènent à la montagne.
L’opérateur arrivait au Ciné-Moka par la petite porte latérale, une heure à l’avance, où il laissait sa bicyclette et sa fiancée Francette — elle tenait la caisse et vendait des friandises à l’entracte — et grimpait dans sa cabine, comme un marin grimperait à son mât pour envoyer la voilure. Prosper Lefèbvre avait vue sur l’orchestre qui s’accordait en grinçant. Ce moment musical était son préféré. Il ne supportait pas dès que Rivière s’en mêlait.
Il envoya la première partie avec les actualités (encore la Croisière noire, encore Mussolini, encore les troubles au Maroc, encore la victoire de Lacoste sur Borotra), le documentaire (encore des automobiles) et La Justicière (encore la victoire du bien). Pour une fois, il écouta sans déplaisir les efforts de l’orchestre, particulièrement pour imiter le son des balles de Lacoste et de Borotra tout en citant quelques mesures de l’ouverture de Siegfried. Il fallait convenir que Rivière n’était pas si mauvais musicien même si sa gestique amphigourique était grotesque. À l’entracte, avant de charger la première bobine, il admira les glissements de Francette de rang en rang. Il attendit que le maître ordonnât la première attaque pour lancer la bobine. Richard Rivière, totalement consacré à son tête-à-tête avec Wagner, ne s’aperçut pas tout de suite d’un petit détail non négligeable.
Prosper, alors que Lacoste sautait par-dessus le filet pour serrer la main de Borotra, entre mousquetaires, avait reçu un petit bleu du directeur « retenu à Toulouse avec Siegfried et Brunhild stop faites de votre mieux ».
Le public pouvait lire sur les tickets que la direction se réservait le droit de changer de programme en cas de force majeure. D’ailleurs personne ne râla. C’était un film allemand après tout. Richard Rivière développa les thèmes wagnériens pendant deux heures trente-quatre minutes. Qu’importe que ce fût sur les images de Madame Sans-Gêne.

La Bachellerie, le 28 août 2008