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18 mai 2012

Deux fois quatre mains


Ravel & Gershwin, improvisation de Carego (Paolo da Fonseca Rego) 
en imitation de David Sanho

En 1928, Maurice Ravel se produisit en Espagne et au Portugal, tournée qu’il conclut à Porto le 28 novembre à l’invitation de la société Orpheon Portuense.
On peut supposer que Carego, pianiste lui-même, élève d’une condisciple de Ravel auprès de Gabriel Fauré, Guiomar de Lancastre Wachtel, assista à ce concert et qu’il y fut question de cette récente tournée triomphale aux États-Unis, et de son final à New York où Ravel se mêla à l’effervescence musicale de Harlem et de Broadway et, le 7 mars, le jour de son cinquante-troisième anniversaire, y rencontra George Gershwin, épris d’admiration pour le maître français qui, en retour, fut étourdi par la science d’improvisateur de son jeune confrère.



Maurice Ravel & George Gershwin


30 avril 2012

Carego, o desenhista


Autoportrait de Paulo da Fonseca Rego (Carego), vers 1930


Paulo da Fonseca Rego est né à Recife (Brésil) le 26 avril 1897. En 1915 il rejoint son père Simão, courtier en agrumes, à Lisbonne, pour y étudier le piano avec Guiomar de Lancastre Wachtel et y poursuivre des études à l’école des Beaux-Arts, où il rencontre David Sanho, condisciple avec lequel il s’intéresse au futurisme et au cubisme à travers les figures de Guilherme de Santa Rita (1889-1918) et d’Amadeo de Souza Cardoso (1887-1918), un ami de Modigliani fréquenté à Paris. Comme Sanho, sans abandonner la peinture, il se tourna vers le dessin humoristique dans la veine américaine, sous le pseudonyme de Carego, à l’instar de Cristiano Cruz ou d’Emmérico Nunes. 
Malgré sa fréquentation assidue du café Brasileira où il croise Fernando Pessoa et ses amis, il ne publiera pas dans Orpheu, la revue emblématique de l’avant-garde lisboète.
Il meurt prématurément de la malaria en 1933, de retour d’un voyage en Angola. 

Portrait de Paulo da Fonseca Rego,
attribué à David Sanho, 1927

27 avril 2012

Poste restante


[…] Je vous aime beaucoup — vraiment beaucoup —, Ophélia. J’apprécie beaucoup — énormément — votre nature et votre caractère. Si je me marie, ce ne sera qu’avec vous. Reste à savoir si le mariage, le foyer (qu’on lui donne ce nom ou un autre) sont choses qui me conviennent, à moi qui consacre ma vie à la pensée. J’en doute. Pour le moment, et très vite, je veux organiser cette vie de pensée et de travail, à moi. Si je n’y parviens pas, il est clair que je ne penserai jamais même penser à me marier. Si j’y parviens et m’aperçois que le mariage serait un obstacle, je ne me marierai certainement pas. Mais il n’en sera sans doute pas ainsi. L’avenir — l’avenir proche — le dira.
Voilà, et par hasard c’est la vérité.
Au revoir, petite Ophélia. Dormez et mangez, et ne perdez pas de poids.

Votre dévoué
Fernando

C’est avec cette lettre du 29 septembre 1929 que l’affaire entre Fernando Pessoa et Ophélia Queiroz en resta là, après dix ans de palinodies. À croire qu’Álvaro de Campos n’avait pas tout à fait tort sur le compte de son ami Fernando.

Fernando Pessoa par Paulo da Fonseca Rego, 1927 

Sept lettres de Pessoa à Ophélia ont été publiées dans Une malle pleine de gens d’Antonio Tabucchi, et traduites par Simone Biberfeld.

25 avril 2012

Petite Ophélia


Ophélia Queiroz (?), dessin de Paulo da Fonseca Rego, 1927

Le 26 septembre 1929, au lendemain de l’intervention insolente d’Álvaro de Campos, Fernando Pessoa, qui semble tout en ignorer, écrivit à Ophélia :

Petite Ophelia,
Je ne sais si vous m’aimez, mais c’est précisément pour cette raison que je vous écris.
Comme vous m’avez dit que demain vous ne vouliez pas me voir jusqu’au moment de nous retrouver à l’arrêt du tram, c’est-à-dire entre cinq heures et quart et cinq heures et demie, je me rendrai donc à cet endroit. Toutefois, dans la mesure où il se trouve que l’Ingénieur Álvaro de Campos doit m’accompagner pendant une grande partie de la journée, je ne sais s’il sera possible d’éviter la présence (par ailleurs agréable) de ce Monsieur au cours du trajet vers certaines fenêtres dont la couleur échappe à présent à mon souvenir.
Au demeurant, ce vieil ami dont je viens de parler a quelque chose à vous dire. Il se refuse à me dévoiler quoi que ce soit à ce propos, mais j’espère et je crois qu’en votre présence il lui sera possible de me dire, ou de vous dire, ou de nous dire de quoi il s’agit.
Jusque-là je resterai silencieux, attentif et confiant.
À demain, douce petite bouche.