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1 janvier 2016

Café viennois






Joseph Roth, Soma Morgentern et Robet Musil à Vienne, au Café Museum, 1929-30

— Je ne suis pas un penseur. Soma m’a poussé à lire une théorie du roman de Georges Lukács. Pour lui faire plaisir, j’ai essayé. Je me suis laissé torturer deux pages durant. J’en suis quitte avec ce livre. Mais Soma tient aussi Kafka pour un grand écrivain. Kafka est un écrivain pour écrivains.
— On a déjà dit ça de Brahms : un compositeur pour compositeur, intervins-je.
— Tu me prônais Kafka quand il vivait encore et que pas un de ses grands « romans» n’était connu. Tu es incurable. Mais ses grands romans sont-ils des romans ?
— Pour être exact, peut-être non ; mais ce sont les œuvre d’un grand écrivain, d’un écrivain exceptionnel. 
— Morgenstern et moi avons eu une discussion sur Kafka il y a sept ou huit ans, dit Musil. J’avais beau ne pas partager son opinion (avant la découverte de tous les inédits laissés par Kafka), j’ai quand même accordé à notre ami Morgenstern qu’il s’agit d’un écrivain très singulier.

Soma Morgenstern, Fuite et fin de Joseph Roth 


n°489


25 décembre 2012

Invitation à la promenade





Ce dimanche de printemps-là, Robert Walser répond à « la bonne invitation de Frieda Mermet à monter à Bellelay, à pied ou en car, pour le plaisir de passer huit à dix jours en [sa] compagnie ».

Robert Musil disait de Robert Walser qu’« au jeu littéraire, [il] substitue un jeu humain, plein de souplesse, de rêverie, de liberté et qui offre toute la richesse morale de ces journées d’oisiveté, inutiles en apparence, où nos convictions les plus fermes se défont en une agréable indifférence ».
Et Thomas Mann « ce géant dans le domaine de l’écriture romanesque, me considère, écrit Walser à Therese Breitbach en 1925, comme un enfant tout de même intelligent ».




Walser publia en 1925 chez Rowohlt son dernier livre, un recueil de courtes proses, La Rose, dont il dit, en janvier 1926 dans une lettre à Otto Pick, quil « semble frappé de bannissement et de proscription. Rowohlt, à la suite de léchec de ce livre, me traite en vrai Germain quil est, avec toute limpolitesse quon imagine. Néanmoins, je le sers. L’un ou l’autre poème va bien vous plaire. Il y a des gens en Allemagne qui semblent avoir pris la culture en otage, ils croient qu’à force de réfléchir, à force d’y mettre terriblement de sincérité, de solidité, de sérieux, tout ira selon leur tête. Et il y en a qui sont chatouilleux. Tous ces gens chatouilleux, ces gens cultivés, constituaient en 1900 un danger pour l’ordre public ».
Rober Walser est mort le 25 décembre 1956, dans la neige, lors dune promenade dans la montagne.

http://80grammes.blogspot.fr/2012/12/1956-56_25.html