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3 mai 2012

Les clefs du royaume

Bien que The Little King soit d’un esprit avant tout loufoque, situé dans un royaume d’opérette, il ne reste pas insensible aux évolutions de la société (de consommation) et à l’histoire en marche.
Les parents d’Otto Soglow sont des Juifs allemands qui émigrent vers 1890 pour s’installer à New York, précisément à Yorkville dans Upper East Side (comme les parents des Marx Brothers, dont le père était natif de Mertzwiller, en Alsace alors occupée).
Ses premiers dessins publiés dans les années vingt, au style charbonneux, avaient des préoccupations sociales très marquées.

Quelques jours après la déclaration de guerre le 2 septembre 1939, Boomerania déclare la guerre à son royaume.

Page du 24 septembre 1939

Le 5 mai 1940, une semaine avant l’offensive allemande, The Little King perd au poker contre un ferrailleur la réalité de ses pouvoirs, n’en gardant que les apparences, et se voit flanqué d’un dictateur, Ookle, son vainqueur, dont il devient le jouet malgré quelques singulières formes de résistance que lui dictent son imagination primesautière et son caractère enfantin et placide.

http://plusoumoinstrente.blogspot.fr/2012/02/der-kleine-diktator.html)


8 mars 2012

Jacques-Marc



Outre la mention de sa déportation à Auschwitz, Jacques-Marc Schnerb figure sur l’internet pour avoir soutenu sa thèse Le risque administratif : une « jurisprudence déquité » du Conseil d’État ; contribution à létude des principes qui gouvernent la responsabilité de la puissance publique, à la faculté de Droit de Strasbourg, qui fut publiée en 1946 par l’Imprimerie générale Jean de Bussac à Clermont-Ferrand, avec une préface de Charles Eisenmann (1903-1980), professeur de Droit, très certainement son directeur de thèse. Ironie de l’histoire, ce même Conseil d’État allait devenir un rouage essentiel du régime de Vichy.
En novembre 1939, l’université de Strasbourg se replia à Clermont-Ferrand, ville du cousin germain de son père Amédée, mon grand-père Robert. C’est sans aucun doute là que Jacques-Marc soutint effectivement sa thèse.
Jacques-Marc était né le 10 septembre 1920 à Saint-Étienne. 




En 1978, puisque j’allai à Paris, ma mère me demanda d’y trouver Le Mémorial de la Déportation des Juifs de France qui venait de paraître et dont Le Monde faisait grand cas. Je me rendis boulevard de Strasbourg (ou de Sébastopol), au siège de l’association fondée par Serge Klarsfeld, à l’origine de cette monumentale entreprise, et rapportai à la maison cet imposant volume dactylographié. 

6 mars 2012

La famille de Saint-Étienne




Sur la photo, de gauche à droite alignés avec humour (le photographe — serait-ce Jacques, le frère de Léopold ? — savait de toute évidence ce qu’il comptait obtenir) : Léopold Schnerb, son épouse Berthe (née Dreyfus), Amédée Schnerb, Jacques-Marc Schnerb, Andrée Schnerb (née Émerique), Jacques-Marc étant assis entre ses parents. Elle doit dater de 1932 environ.

La « cousine Andrée » faisait partie de la conversation familiale. Nous ne savions pas exactement en quel honneur elle était une cousine. La cousine de notre grand-père Robert, si nous écoutions bien notre mère. Les grands-pères auraient donc aussi des cousins et des cousines. En l’occurence, une cousine par mariage avec son cousin Amédée. Dans le même mystère, il y avait aussi la « cousine Carmen ».
J’ai vu la cousine Andrée une fois, j’avais dix ans, lors de l’escale de Saint-Étienne qui venait après celles de Clermont-Ferrand et de Thiers, ma grand-mère m’ayant engagé comme compagnon de voyage pour rentrer chez elle dans le midi, par anticipation sur les vacances d’été car mon entrée en sixième était déjà dans la poche. Ma collection de Lucky Luke, de Pieds Nickelés et de Bibi Fricotin en a beaucoup profité. Quand je dépouillais les kiosques de gare, ma grand-mère m’encourageait, pas le genre à mégoter.
Nous sommes arrivés en voiture, convoyés par nos hôtes de Thiers, je crois. En 203 peut-être bien, ou alors une 403. Je me rappelle la pénombre, les gros et vénérables fauteuils en cuir, un vague ennui et les tramways sillonnant la ville, les rails, les câbles — mais, la cousine Andrée, je ne la vois pas.
Émerique, c’était le nom de ces gens qui vendaient des beaux vêtements à Épernay, pas très loin de chez nous, où nous allions une fois par an pour renouveler notre garde-robe. Du vrai chic assurément. Il nous semblait bien que notre mère avait un lien avec ces Émerique, mais lequel ? Je me souviens surtout d’un très beau manteau trois-quarts bleu marine, rouge écarlate au revers, à l’épais tissu feutré, qu’une fermeture Éclair à boucle finissait d’embellir et de lui donner une dimension amusante. Mon frère et moi avions dû revenir d’Épernay particulièrement fiers, dans l’espoir d’un hiver précoce. Ces manteaux furent-ils des exceptions ? Les souvenirs de ma sœur aînée sont moins idylliques, souvent nous ne voulions plus porter ces belles affaires, le regret de s’être laissé faire succédant vite à un consensus poli.

Léopold et son épouse Berthe sont morts gazés le 23 novembre 1943 à Auschwitz, comme Jacques son frère, et leur petit-fils Jacques-Marc (parti de Drancy dans le même convoi), le 21 janvier 1944.
Amédée est mort en 1940 sur le front.
Juste après la guerre, la cousine Andrée adopta Rosa Josefowicz dont les parents, Juifs polonais, et sa jeune sœur, étaient morts à Auschwitz.

Merci à Myriam, petite-nièce de la cousine Andrée.



Jacques-Marc Schnerb le jour de sa bar-mitsvah


ajouté le 1er avril 2020