Affichage des articles dont le libellé est Auschwitz. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Auschwitz. Afficher tous les articles

8 mars 2012

Jacques-Marc



Outre la mention de sa déportation à Auschwitz, Jacques-Marc Schnerb figure sur l’internet pour avoir soutenu sa thèse Le risque administratif : une « jurisprudence déquité » du Conseil d’État ; contribution à létude des principes qui gouvernent la responsabilité de la puissance publique, à la faculté de Droit de Strasbourg, qui fut publiée en 1946 par l’Imprimerie générale Jean de Bussac à Clermont-Ferrand, avec une préface de Charles Eisenmann (1903-1980), professeur de Droit, très certainement son directeur de thèse. Ironie de l’histoire, ce même Conseil d’État allait devenir un rouage essentiel du régime de Vichy.
En novembre 1939, l’université de Strasbourg se replia à Clermont-Ferrand, ville du cousin germain de son père Amédée, mon grand-père Robert. C’est sans aucun doute là que Jacques-Marc soutint effectivement sa thèse.
Jacques-Marc était né le 10 septembre 1920 à Saint-Étienne. 




En 1978, puisque j’allai à Paris, ma mère me demanda d’y trouver Le Mémorial de la Déportation des Juifs de France qui venait de paraître et dont Le Monde faisait grand cas. Je me rendis boulevard de Strasbourg (ou de Sébastopol), au siège de l’association fondée par Serge Klarsfeld, à l’origine de cette monumentale entreprise, et rapportai à la maison cet imposant volume dactylographié. 

6 mars 2012

La famille de Saint-Étienne




Sur la photo, de gauche à droite alignés avec humour (le photographe — serait-ce Jacques, le frère de Léopold ? — savait de toute évidence ce qu’il comptait obtenir) : Léopold Schnerb, son épouse Berthe (née Dreyfus), Amédée Schnerb, Jacques-Marc Schnerb, Andrée Schnerb (née Émerique), Jacques-Marc étant assis entre ses parents. Elle doit dater de 1932 environ.

La « cousine Andrée » faisait partie de la conversation familiale. Nous ne savions pas exactement en quel honneur elle était une cousine. La cousine de notre grand-père Robert, si nous écoutions bien notre mère. Les grands-pères auraient donc aussi des cousins et des cousines. En l’occurence, une cousine par mariage avec son cousin Amédée. Dans le même mystère, il y avait aussi la « cousine Carmen ».
J’ai vu la cousine Andrée une fois, j’avais dix ans, lors de l’escale de Saint-Étienne qui venait après celles de Clermont-Ferrand et de Thiers, ma grand-mère m’ayant engagé comme compagnon de voyage pour rentrer chez elle dans le midi, par anticipation sur les vacances d’été car mon entrée en sixième était déjà dans la poche. Ma collection de Lucky Luke, de Pieds Nickelés et de Bibi Fricotin en a beaucoup profité. Quand je dépouillais les kiosques de gare, ma grand-mère m’encourageait, pas le genre à mégoter.
Nous sommes arrivés en voiture, convoyés par nos hôtes de Thiers, je crois. En 203 peut-être bien, ou alors une 403. Je me rappelle la pénombre, les gros et vénérables fauteuils en cuir, un vague ennui et les tramways sillonnant la ville, les rails, les câbles — mais, la cousine Andrée, je ne la vois pas.
Émerique, c’était le nom de ces gens qui vendaient des beaux vêtements à Épernay, pas très loin de chez nous, où nous allions une fois par an pour renouveler notre garde-robe. Du vrai chic assurément. Il nous semblait bien que notre mère avait un lien avec ces Émerique, mais lequel ? Je me souviens surtout d’un très beau manteau trois-quarts bleu marine, rouge écarlate au revers, à l’épais tissu feutré, qu’une fermeture Éclair à boucle finissait d’embellir et de lui donner une dimension amusante. Mon frère et moi avions dû revenir d’Épernay particulièrement fiers, dans l’espoir d’un hiver précoce. Ces manteaux furent-ils des exceptions ? Les souvenirs de ma sœur aînée sont moins idylliques, souvent nous ne voulions plus porter ces belles affaires, le regret de s’être laissé faire succédant vite à un consensus poli.

Léopold et son épouse Berthe sont morts gazés le 23 novembre 1943 à Auschwitz, comme Jacques son frère, et leur petit-fils Jacques-Marc (parti de Drancy dans le même convoi), le 21 janvier 1944.
Amédée est mort en 1940 sur le front.
Juste après la guerre, la cousine Andrée adopta Rosa Josefowicz dont les parents, Juifs polonais, et sa jeune sœur, étaient morts à Auschwitz.

Merci à Myriam, petite-nièce de la cousine Andrée.



Jacques-Marc Schnerb le jour de sa bar-mitsvah


ajouté le 1er avril 2020

20 décembre 2011

Bedřich Fritta




Bedřich Fritta est né à Višňová u Frýdlantu le 19 septembre 1906. Il est mort le 8 novembre 1944 à Auschwitz-Birkenau, après trois ans de détention à Theresienstadt, où mourut sa femme Hensi. Ce camp « modèle » comprenait un département de dessin (Zeichnenstube) que Fritta anima, un orchestre et autres activités culturelles. Un film de propagande y fut tourné, idyllique, afin de tromper les inspecteurs de la Croix Rouge qui se laissèrent berner bien facilement.

En 1993, quittant Prague pour Berlin, je me suis arrêté à Terezín après une petite heure de route, comme surpris de me trouver dans cette bourgade tirée au cordeau, aux murs jaunes décrépits, ancienne ville de garnison comme alignée au commandement de sa forteresse habsbourgeoise où un camp fut installé en 1941, en premier lieu pour y regrouper les Juifs de Prague. Une salle d’exposition présentait les dessins des déportés, y compris des dessins d’enfants.
Je m’en suis tenu là — sans doute me suis-je rappelé mes 11 ans en visite à Buchenwald, restant seul dans la cour (je me souviens que j’étais comme frigorifié alors qu’on était en juillet), attendant que mes aînés (avec ma sœur) en finissent avec la visite du musée, alors que j’avais été jugé assez vieux pour la visite détaillée des terribles vestiges (très bien entretenus) — achetant pour quelques centaines de couronnes trois pochettes de cartes postales reproduisant dessins et peintures de Bedřich Fritta, Karel Fleischmann, Leo Hass, Petr Kien et Otto Ungar, ainsi que les dessins d’enfants, et le double CD des musiques de Pavel Hass, Gideon Klein, Hans Krása et Viktor Ullmann.

28 novembre 2011

Au bon accueil





L’un de ces deux hommes se nomme Liebschütz, Henri, le frère de Georges, mon arrière-grand-père maternel. Ils vont d’un bon pas. La prospérité semble les avoir gâtés. Ils sont habillés très chic. Leur allure est celle de tout nouveaux ministres se rendant à l’Élysée pour leur premier conseil. Mais nous ne sommes pas à Paris, mais plutôt à Chalon-sur-Saône, la ville natale de Nicéphore Niépce, où le père d’Henri, Emmanuel, fils de modestes marchands forains alsaciens très attachés à la France, est venu en 1870 combattre avec les troupes de Garibaldi. Il y rencontra Céline Jacob. Ils tiendront une boutique de passementerie, puis de chaussures (« Au bon accueil »). Henri est représentant de commerce.
Le photographe les attend sur le trottoir, Liebschütz le regarde fièrement. Son ami (collègue ou associé) est moins concerné. Il ne faut pas les manquer, il faut faire vite, il est exclu de leur demander de s’arrêter pour poser. Derrière eux, coiffé d’une casquette, un homme pourrait bien les photographier aussi (à leur insu ?), comme chargé du contre-champ, et un autre se retourne, cherchant à savoir qui il pouvait bien avoir croisé, ou intrigué par le manège du photographe — que ce soit un professionnel ou un familier d’un des deux hommes (d’Henri probablement).



Henri Liebschütz est mort à Auschwitz le 12 mars 1944, sa femme Émilie aussi, à l’âge de soixante-dix ans.