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7 mai 2015

Alfred Schreyer & Bruno Schulz







Alors que les éditions L’Âge d’homme publie l’intégralité de l’œuvre littéraire de Bruno Schulz pour la première fois par un même traducteur Alain Van Crugten, Alfred Scheyer, qui fut son élève au lycée Ladislas Jagellon à Drohobycz, et qui ne cessa toute sa vie de perpétuer la mémoire de son cher professeur assassiné en 1942, est mort le 25 avril dernier, à l’approche de ses 93 ans. Rescapé de la Shoah, il vécut toute sa vie à Drohobycz, en Pologne, et mena une vie de musicien jusque dans ses derniers jours, jouant du violon et chantant dans toutes les langues de cette région qui connut tant de bouleversements au cours du XXe siècle.


Alfred Schreyer




n°459

26 avril 2013

Sur les traces de Machek



Se présenter, Anton Machek


Anton Machek était natif de Salzbourg, il y est mort le 16 octobre 1944 sous les bombardements. Nikolaus Schaffner, dans sa monographie publiée par le musée de cette même ville, évoque le Magischen Realismus à son propos, du côté des écrivains Leo Perutz et Gustav Meyrink. Il est resté — malgré lui ? — dans une sorte de discrétion provinciale, à l’écart des courants dominants tant en peinture que dans le dessin satirique, bien qu’il fût contemporain du mouvement surréaliste. Bruno Schulz ne fut-il pas aussi un artiste provincial confiné à Drohobycz ?
Les scènes hivernales furent un des thèmes que Machek visita à l’envi, les traces dans la neige, les jeux sur la glace et autres fantaisies de ces temps joyeux et inquiétants.
http://plusoumoinstrente.blogspot.fr/2013/04/kafka-et-son-double.html


Nuit de la saint Sylvestre, Anton Machek


Loups, Anton Machek, Jugend, 1927


Conseil de révision (verdict de Paris), Anton Machek




26 mars 2012

Lettres de Drohobycz

Bruno Schulz écrit à Romana Halpern régulièrement à partir de 1936. Par bonheur, leur correspondance a été préservée.
« Chère Madame,  […]
Depuis ma dernière lettre les choses vont très mal pour moi ; il ne s’agit pas ici d’événements extérieurs, c’est ma situation intérieure qui s’est dégradée. Je suis dans l’abattement le plus complet. J’ai voulu me persuader que je n’étais ni peintre, ni écrivain, ni même un vrai professeur. Il m’a semblé que le monde s’était mépris sur mon compte, que tout cela n’avait été que feu de paille, qu’il n’y avait rien en moi. J’ai voulu cesser de créer et tenter de vivre comme un homme ordinaire ; mais cette vie m’a paru d’un tristesse effrayante. D’autre part, mon existence quotidienne dépend de la création artistique, ce sont les valeurs empruntées à l’art qui me permettent de compenser mes défaillances pédagogiques. Je me suis déjà imaginé perdant mon poste et réduit à la plus grande misère. En observant les fous, les mendiants en haillons qui errent dans nos villes, je me suis dit : peut-être finirais-je pas leur ressembler… […] »

En post-scriptum de cette lettre du 15 novembre 1936, Schulz ajoute : « Est-il vrai que vous aimez toujours Les Boutiques de cannelle ? Croyez-vous en la valeur de mon œuvre ? Transmettez mes amitiés à Witkacy. […] »

Romana Halpern par Witkiewicz (Witkacy)

Schulz avait rencontré Romana Halpern chez Stanisɫaw Ignacy Witkiewicz, à qui elle vouait une amitié passionnée. Il avait reconnu en l’auteur des Boutiques de canelle un artiste de toute première grandeur, alors que son œuvre restait confidentielle. Leur correspondance a été détruite à l’exception de la lettre du 12 avril 1934.
« Cher Monsieur,
Le jeudi saint j’ai envoyé à votre adresse personnelle un manuscrit accompagné de 14 illustrations et je ne sais toujours pas si vous l’avez reçu. Votre silence me trouble et m’inquiète. Je crains de vous avoir vexé par le ton de bouffonnerie fantastique que j’ai employé dans ma dernière missive — un ton qui imitait en quelque sorte celui de vos lettres. Peut-être s’agit-il d’un privilège que vous vous réservez ? Je serais inconsolable de vous avoir blessé pour cette raison. Ma fantaisie, ma forme, ma veine littéraire en quelque sorte, confinent comme les vôtres à une certaine aberrartion : ce style se caractérise par une tendance au persiflage, à la bouffonnerie, à l’auto-ironie. Qui, mieux que vous, pourrait me comprendre ! Non, je ne veux pas croire que c’est cela qui vous a fâché ! […] »

Un des projets de couverture pour Les Boutiques de cannelle, 1933


Dans sa chronologie en annexe de son ouvrage consacré à Bruno Schulz, Les Régions de la grande hérésie, Jerzy Ficowski écrit : « 1925 : Rencontre avec l’écrivain et peintre Stanisɫaw Ignacy Witkiewicz, en visite à Drohobycz. C’est dans l’appartement d’Emamnanuel Pilpel que celui-ci exécute un portrait pastel de Schulz — une compositions fantastique de la tête de Schulz fixée sur une queue de poisson. »
J’ai eu beau passer au peigne fin le catalogue Witkacy publié par le musée national de Varsovie en 1990, je n’ai pas trouvé ce pastel.


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Witkiewicz se suicida en 1939 quand l’Armée rouge envahit la Pologne suite au pacte germano-soviétique.
Romana Halpern, arrêtée par la Gestapo en 1944, a été fusillée juste avant la libération de Cracovie.
Bruno Schulz fut assassiné à Drohobycz en 1942 lors d’un règlement de compte entre deux SS dont il était l’enjeu.

2 novembre 2011

Drohobycz, le 2 novembre 1928


« Drohobycz, le 2 novembre 1928
Messieurs,
Je soussigné Bruno Schulz, déclare avoir occupé le poste de professeur de dessin temporaire au lycée d’État de Drohobycz, du 1er septembre 1924 jusqu’à la fin de l’année scolaire 1927-1928, avec une brève interruption entre le 15 mars et le 30 avril 1926, dans le but de préparer l’examen autorisant à exercer le métier de professeur de dessin dans les établissements d’enseignement secondaire — examen que j’ai passé avec succès le 27 avril 1926.
Par un décret du 4 juin 1928 (n° III 8131/28) la direction de la circonscription de Lwów a décidé de mettre fin à mon contrat d’enseignement à partir du 31 août de cette année, alléguant qu’après quatre ans d’enseignement je n’avais pas encore obtenu toutes les qualifications professionnelles requises.
Or le 18 octobre de cette année, à Varsovie, j’ai passé devant le jury officiel autorisant à exercer le métier de professeur dans les établissements d’enseignement secondaire (comme le prouve le télégramme ci-joint envoyé par le jury au proviseur du lycée d’État de Drohobycz). Je vous demande donc par la présente de bien vouloir procéder à ma nomination en qualité de professeur titulaire au lycée d’État de Drohobycz.
Ci-joint* : le télégramme du jury d’examen de Varsovie.
Bruno Schulz


* Nous attestons que M. Bruno Schulz (…) ayant passé les examens réglementaires (…) et effectué son stage d’enseignement au lycée d’État de Drohobycz, s’est présenté à l’examen d’État en vue de l’obtention d’un poste de professeur de dessin des écoles secondaires, examen pour lequel il a obtenu la mention “bien” (…) Varsovie, le 28 octobre 1928. »