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16 juin 2014

Portugal-Allemagne



Emmérico Nunes, ABC


Emmérico Hartwich Nunes est né à Lisbonne en 1888 d’une mère allemande et d’un père portugais, notons parmi ses collaborations celles avec la revue portugaise ABC et avec le Meggendorfer-Blätter (qui fusionna en 1929 avec le Fliegende Blätter). 



Emmérico Nunes, Meggendorfer-Blätter, 1925

Emmérico Nunes, 1912

Emmérico Nunes

Emmérico Nunes, Meggendorfer-Blätter, 1922

Emmérico Nunes, La Tour de Babel, Meggendorfer-Blätter, ca 1914-1918

Emmérico Nunes, Fantoches



http://www.gulbenkian.pt/inst/en/Calendar/Exhibitions/Exhibition?a=4179
http://hemerotecadigital.cm-lisboa.pt/RecursosInformativos/Biografias/Textos/EmmericoNunes.pdf
http://www.sines.pt/PT/concelho/personalidades/emmerico/Paginas/default.aspx



n°387

30 avril 2012

Carego, o desenhista


Autoportrait de Paulo da Fonseca Rego (Carego), vers 1930


Paulo da Fonseca Rego est né à Recife (Brésil) le 26 avril 1897. En 1915 il rejoint son père Simão, courtier en agrumes, à Lisbonne, pour y étudier le piano avec Guiomar de Lancastre Wachtel et y poursuivre des études à l’école des Beaux-Arts, où il rencontre David Sanho, condisciple avec lequel il s’intéresse au futurisme et au cubisme à travers les figures de Guilherme de Santa Rita (1889-1918) et d’Amadeo de Souza Cardoso (1887-1918), un ami de Modigliani fréquenté à Paris. Comme Sanho, sans abandonner la peinture, il se tourna vers le dessin humoristique dans la veine américaine, sous le pseudonyme de Carego, à l’instar de Cristiano Cruz ou d’Emmérico Nunes. 
Malgré sa fréquentation assidue du café Brasileira où il croise Fernando Pessoa et ses amis, il ne publiera pas dans Orpheu, la revue emblématique de l’avant-garde lisboète.
Il meurt prématurément de la malaria en 1933, de retour d’un voyage en Angola. 

Portrait de Paulo da Fonseca Rego,
attribué à David Sanho, 1927

27 avril 2012

Poste restante


[…] Je vous aime beaucoup — vraiment beaucoup —, Ophélia. J’apprécie beaucoup — énormément — votre nature et votre caractère. Si je me marie, ce ne sera qu’avec vous. Reste à savoir si le mariage, le foyer (qu’on lui donne ce nom ou un autre) sont choses qui me conviennent, à moi qui consacre ma vie à la pensée. J’en doute. Pour le moment, et très vite, je veux organiser cette vie de pensée et de travail, à moi. Si je n’y parviens pas, il est clair que je ne penserai jamais même penser à me marier. Si j’y parviens et m’aperçois que le mariage serait un obstacle, je ne me marierai certainement pas. Mais il n’en sera sans doute pas ainsi. L’avenir — l’avenir proche — le dira.
Voilà, et par hasard c’est la vérité.
Au revoir, petite Ophélia. Dormez et mangez, et ne perdez pas de poids.

Votre dévoué
Fernando

C’est avec cette lettre du 29 septembre 1929 que l’affaire entre Fernando Pessoa et Ophélia Queiroz en resta là, après dix ans de palinodies. À croire qu’Álvaro de Campos n’avait pas tout à fait tort sur le compte de son ami Fernando.

Fernando Pessoa par Paulo da Fonseca Rego, 1927 

Sept lettres de Pessoa à Ophélia ont été publiées dans Une malle pleine de gens d’Antonio Tabucchi, et traduites par Simone Biberfeld.

25 avril 2012

Petite Ophélia


Ophélia Queiroz (?), dessin de Paulo da Fonseca Rego, 1927

Le 26 septembre 1929, au lendemain de l’intervention insolente d’Álvaro de Campos, Fernando Pessoa, qui semble tout en ignorer, écrivit à Ophélia :

Petite Ophelia,
Je ne sais si vous m’aimez, mais c’est précisément pour cette raison que je vous écris.
Comme vous m’avez dit que demain vous ne vouliez pas me voir jusqu’au moment de nous retrouver à l’arrêt du tram, c’est-à-dire entre cinq heures et quart et cinq heures et demie, je me rendrai donc à cet endroit. Toutefois, dans la mesure où il se trouve que l’Ingénieur Álvaro de Campos doit m’accompagner pendant une grande partie de la journée, je ne sais s’il sera possible d’éviter la présence (par ailleurs agréable) de ce Monsieur au cours du trajet vers certaines fenêtres dont la couleur échappe à présent à mon souvenir.
Au demeurant, ce vieil ami dont je viens de parler a quelque chose à vous dire. Il se refuse à me dévoiler quoi que ce soit à ce propos, mais j’espère et je crois qu’en votre présence il lui sera possible de me dire, ou de vous dire, ou de nous dire de quoi il s’agit.
Jusque-là je resterai silencieux, attentif et confiant.
À demain, douce petite bouche.

23 avril 2012

Faux ami


« […] Campos nous surprend et nous désoriente parce que, entre tous les hétéronymes, il fut celui qui noua le plus solidement son existence fictive à l’existence réelle de son auteur, au point de s’y superposer parfois, dans un réseau serré de renvois, de rapports, de substitutions, d’échanges de rôles. Ainsi avons-nous appris récemment, grâce à la correspondance privée de Pessoa, que Campos avait eu l’aplomb de s’immiscer dans la relation entre Fernando et Ophélia Queiroz : et que s’il ne fut pas la cause de la rupture de leurs fiançailles, il en fut du moins l’instrument : après une série de “troubles”, c’est lui qui se chargea d’écrire à Ophelia pour la convaincre, sur un ton badin, de ne plus penser à Fernando. […] Ophelia Queiroz ; sensible et intelligente, avait d’ailleurs perçu d’emblée en Campos une présence ennemie et elle lui avait ouvertement manifesté son antipathie : “Quand tu m’écris, fais en sorte que ton ami Alvaro Campos ne soit pas à tes côtés, compris ? Écoute, envoie-le en Inde…” » rapporte Antonio Tabucchi dans Une malle pleine de gens.

Fernando Pessoa et (probablement) Álvaro de Campos, par D. Sanho, 1931

En effet, le 25 septembre 1929, Álvaro de Campos écrivait à Ophélia : « Mademoiselle, 
Un abject, un misérable individu du nom de Fernando Pessoa, un ami très cher, m’a chargé  — considérant que son état mental lui interdisait de communiquer quoi que ce soit, même à un petit pois sec (bel exemple d’obéissance et de discipline) — de vous communiquer qu’il vous est défendu de :
1/ perdre du poids,
2/ manger peu,
3/ ne pas dormir,
4/ avoir de la fièvre,
5/ penser à l’individu en question. 
Pour ma part, et parce que je suis un ami intime et sincère du voyou dont je transmets (à regret) la communication, je vous conseille de prendre l’image mentale que vous avez pu vous faire de l’individu dont le message salit ce papier d’une relative blancheur, et de jeter cette image mentale à la poubelle, puisqu’il est matériellement impossible d’en faire autant à cet être d’apprence humaine, Destin qui lui conviendrait, en bonne justice, qu’il y avait une justice au monde. »


p. s. (2 mai 2012) : Au moment d’émettre une hypothèse sur l’identité du « double » de Pessoa représenté par David Sanho, je n’avais pas encore lu la lettre de Pessoa à son ami Adolfo Casais Monteiro publiée par Tabucchi, où il décrit physiquement ses hétéronymes.
« Álvaro Campos est grand (1,75 m, soit deux centimètres de plus que moi), maigre, et a tendance à se tenir un peu voûté. Aucun ne porte la barbe — Caeiro, pour sa part a les cheveux d’un blond pâce et les yeux bleus ; Reis a les cheveux d’un brun terne et mat ; Campos a la peau plutôt claire, et un type rappelant vaguement celui du Juif portugais*, mais les cheveux plats et séparés habituellement par une raie sur le côté ; monocle… »
* Comme Pessoa lui-même. (N. d. T. : Françoise Laye)

Mis à part le monocle qu’il ne portait peut-être pas dans toutes les circonstances, pas « habituellement » (ou que Sanho a oublié, volontairement ou non), tout coïncide, et comme aucune autre description ne correspond aussi fidèlement, l’identification est maintenant certaine (cependant je laisse le « probablement » dorigine dans la légende du dessin).  



28 juillet 2011

L'Émigrant


































Quoi qu’il fasse, il a tout faux

1. Il est assis devant le café de la Paix à Paris ; devant le Métropole à Bruxelles ; devant l’Esplanade à Lisbonne ; devant le café Wivex à Copenhague, toujours de la même manière.
2. Quand il boit « un petit noir », ils disent : « Et c’est avec une petite tasse de café comme celle-là qu’il occupe les meilleures places ! »
3. Quand il boit une bouteille de champagne, ils disent : « Mais regardez-moi ça ! Je comprends à présent qu’ils aient voulu s’en débarrasser. »
4. Quand il mange du Boenrenkool, ils disent : « Il s’adapte trop bien ! »
5. Quand il mange un pied de porc à la choucroute, il disent : « Il ne s’adaptera jamais ! »
6. Quand il ouvre lui-même un café, ils disent : « Il nous prend le pain de la bouche. »
7. Et quand il ne fait rien du tout, ils disent : « Regardez, il végète ! »
8. Quand il demande un visa pour l’Amérique, ils disent : « Voilà, il s’en va. Dès que cela devient dangereux ici, il se planque ! »
9. Et s’il ne demande pas de visa pur l’Amérique, ils disent : « Nous ne nous en débarrasserons jamais ! »
10. C’est « l’émigré ».






(Il manque les septième et huitième dessins de Jo Spier car il m’a été impossible de les scanner à partir de la source que j’ai à ma disposition, c’est-à-dire Pour Walter Benjamin édité à Francfort en 1992, à l’occasion du centenaire de sa naissance.)