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4 mai 2016

14 septembre 2013

La Grande terreur



Tomasz Kizny, La Grande terreur en URSS 1937-1938, Les éditions Noir sur blanc, 2013



Le fonctionnaire debout derrière lappareil photographique était concentré sur lexécution précise dune tâche technique, mais les hommes qui posaient devant lobjectif savaient que leur vie était en jeu. Réalisées dans le cadre dune procédure policière de routine, les photographies expriment lexpérience dun homme confronté à la menace existentielle de la Terreur totalitaire. (…)
[La GOUGB] employait trois fonctionnaires « qui travaillaient en alternance en assurant chacun un service de vingt-quatre heures ». Dans son rapport, lauteur [le lieutenant de la Sécurité dÉtat Michoustine] préconise la mise en place dun poste supplémentaire car « le photographe de service se trouve à la prison Boutyrka et Lefortovo un jour sur deux » et en cas « de congé ou de maladie dun photographe, nous ne pouvons pas assumer les objectifs susmentionnés ». Le rapport contient également une formulation selon laquelle les détenus arrivant à la prison Loubianka « ne sont pas photographié en temps voulu ».  
Tomasz Kizny






3 janvier 2013

Les cailloux de Julius Margolin





Il y a trois ans, les éditions Le Bruit du temps ont publié Voyage au pays des Ze-Ka, de Julius Margolin (1900-1971), où il raconte comment il fut prit en tenaille entre l’Allemagne et l’URSS, après le pacte qui les lia en 1939, avant de se retrouver au goulag pour cinq ans.
Les mêmes éditions viennent de publier Le Livre du retour.


« J’étais plongé dans mon travail, mais je ne pus m’empêcher de dresser l’oreille. Je reconnus là un “petit caillou”. J’appelais ainsi, depuis mon enfance, les choses qui entrent par la fenêtre ouverte de notre mémoire et qui s’y fixent durablement, peut-être même pour toujours.
En général, nous ne maîtrisons pas tellement notre mémoire. Les événements et les objets y laissent des encoches sans nous demander notre avis. Des choses importantes s’effacent, des broutilles s’accrochent pour toujours. À cette époque, ma vie était comme un champ en friche jonché de cailloux. Plusieurs charrettes n’auraient pas suffi à les contenir. Or, les cailloux restaient — comme ce caillou de Polésie que j’avais choisi, je ne sais pour quelle raison, aux jours lointains de ma jeunesse, en me tenant devant la fenêtre du train, à la gare de Brest ou de Drohiczyn, sur une clairière, dans un bois de bouleaux. C’était à l’aube, une brume s’élevait au-dessus de l’herbe mouillée, les pentes du remblai étaient émaillées de boutons d’or. Notre train passait devant, et je fus saisi de regret et de désespoir à l’idée qu’il était impossible d’emporter cette vie qui s’effaçait d’instant en instant, et que chaque herbe en ces lieux perdus était condamnée, et mon regard s’accrocha pour un long moment — le temps du passage du train — à un caillou à deux mètres des rails, dont j’allais me souvenir à jamais. Avec l’espoir — que j’étais alors incapable de formuler ni d’exprimer avec des mots — que ma vie, comme ce caillou de hasard, serait arrachée à l’indifférence des choses et tomberait sous un Regard qui peut tout voir… »

Traduit du russe par Luba Jurgenson




Antoine Jaccottet, son éditeur, tient à signaler en note préliminaire que « le titre de l’ensemble, Le Livre du retour, n’est pas de Julius Margolin, mais il nous a paru convenir aussi bien au retour géographique de l’auteur dans son pays, qu’au retour dans le passé que constituent les chapitres consacrés à l’enfance sur lesquels s’achève le présent recueil. »

http://80grammes.blogspot.fr/2013/01/blog-post.html

7 février 2012

L'Exposition universelle




« La personnalité de chaque peuple se révèle plus fortement par l’ordonnance intérieure des pavillons que par leur silhouette architecturale. Tout concourt à l’exprimer dans la disposition des lieux, leur décoration, la mise en valeur des objets exposés. Une atmosphère en émane qui s’impose à notre sensibilité. Et comment n’être pas frappé par ce que dégage le spectacle de l’immense vaisseau du pavillon allemand où règne l’ordre le plus méthodique aussi bien dans la distribution des éléments décoratifs : luminaires aux formes trapues, tableaux de mêmes dimensions et de même esthétique, tapisseries et mosaïques, que dans l’ordonnance de vitrines de même modèle qui, dès l’entrée, s’offrent à la curiosité du visiteur ? D’autres pavillons, tels celui de la Hollande ou de la Suède par exemple, vous accueillent avec une charmante simplicité. On les parcourt familièrement et, dans l’abondante clarté où ils baignent, on examine les objets et les documents exposés avec l’aimable et sympatique curiosité que l’on a pour la collection d’un ami. Le pavillon russe nous suggère une impression de fougue impatiente, un peu fébrile : celle d’un peuple qui fait le recensement des résultats acquis par un prodigieux effort de rénovation économique, cependant que l’Angleterre se montre toute sécurité, aise tranquille, confiance en soi, correction parfaite et que le modernisme italien est imprégné de la noble fierté et des impérieuses disciplines romaines. »

Louis Richard-Mounet, L’Illustration “Exposition 1937”, 14 août 1937



André Steiner, né en Hongrie en 1901, fuit les premières mesures antisémites promulguées par le régent Horthy (numerus clausus pour entrer à l’université) en venant  étudier à Vienne, avant de s’installer à Paris en 1928. Il est un tenant de la « Nouvelle vision ».