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5 juin 2014

Kraus ou Kracauer



Écrivains modernes, Th. Th. Heine, Simplicissimus, 3 juin 1929


Th. Th. Heine fait-il allusion par anticipation au livre que Kracauer consacra à Jacques Offenbach dans le Paris de son temps, Jacques Offenbach ou Le secret du Second Empire, publié à Paris en 1937 ? (En tout cas, le site du Simplicissimus vous dirige vers ce dessin pour qui y cherche Kracauer). Il semble pourtant que non si on se réfère à une note de bas de page associée à la lettre de Heine à Franz Schoenberner*, écrite en exil à Brno le 21 juin 1936, car il y apparaît que Heine réponde à Karl Kraus qui avait vitupéré à propos de la représentation de La vie parisienne : « Im Mai 1929 inszenierte Otto Falkenberg an den Münchner Kammerpielen Jacques Offenbachs Operette “Pariser Leben” in einer Revue-Bearbeitung von Peter Scher. Karl Kraus, der sich damals leidenschaftlich mit Vorträgen une Vorlese-Abenden für eine “Renaissance” und Neubewertung des vom Bildungsbürgertum wenig geschätzen Offenbach engagierte, protestierte vehement gegen Schers freie Bearbeitung. Heine verspottet diesen Streit mit einer Karikatur in Simplicissimus. Darauf reagierte Karl Kraus mit einem offenen Brief an Heine, den Heine wiederum ziemlich humorlos beantwortete. »
Mais quand on cherche Kraus dans le même index, il renvoie aussi à cette page, donc au quatrième dessin où figure la tombe d’Offenbach. C’est lui qui accourt une pelle sur l’épaule.
Les spécialistes sauront-ils découvrir où se niche Kracauer dans ces six dessins ?

*Die Wahrheit ist oft unwahrscheinlich, Wallstein Verlag, 2004







n°383

1 septembre 2013

Herr Huber



Temps d’avril ou La promenade du dimanche de monsieur Huber,
Erich Wilke, Jugend

Le 24 avril 1933, Erich Wilke, depuis trente-trois ans au Jugend, publie cette page dans le numéro où un portrait de Hitler sous un profil austère, martial et avantageux occupe la couverture, un mois après l’obtention des pleins pouvoirs.
Franz Schoenberner, son directeur depuis 1927, poste qu’il a cumulé avec celui du Simplicissimus à partir de 1929 auprès de Th. Th. Heine, avait dû fuir comme ce dernier quelques semaines auparavant.
Qu’entendait Wilke par ce temps d’avril et par le comportement de cet Allemand lambda, Herr Huber ?
Wilke meurt en 1936, à cinquante-sept ans, après avoir poursuivi son activité pour le Jugend avec des dessins sans ambiguïté sur son soutien au nouveau pouvoir.

8 février 2013

Das schöne Bild



Le Streseman de Munich est pris
(Gustav Stresemann était chancelier — centre droit — lors du putsch de Munich en 1923,
et fut prix Nobel de la paix en 1926.)
Jugend, mai 1928


Né à Dresde en 1886, Fritz (Friedrich) Heubner étudia à l’académie des beaux-arts de Munich, accompagna les Sessessions berlinoises et munichoises, fut membre des Six (Die Sechs, dont Emil Preetorius) et dessina régulièrement pour le Jugend et le Simplicissimus, collaboration qui cessa après 1933 avec la subordination de ces revues aux nazis ; après quoi il se consacra à l’enseignement artistique supérieur à Nuremberg puis à Munich. 
Mais en 1947, dans une lettre à Franz Schoenberner (administrateur du Jugend comme du Simplicissimus), Th. Th. Heine, sans doute en réponse à son ami (relayait-il une démarche de Heubner ?), est très sceptique à son propos : « War Heubenr nicht Nazist ? Ich habe allerdings in der ganzen Nazi-Zeit nichts von ihm gesehen oder gehört. […] Ich kann mir denken, daß Heubner ein richtiger Nazist war. Alle Nazisten suchen sich jetz sogenannte Koscher-Bescheinigungen zu verschaffen. »
Heubner n’était pas nazi ? Pourtant, j’ai vu ou entendu des choses de lui tout au long de la période nazie. [...] Je ne peux pas l’imaginer, Heubner était un vrai nazi. Aujourd’hui, tous les nazis cherchent à se procurer des certificats casher.
Il meurt en 1974 à Munich. 


Jugend, 1928



Jugend, 1928



Jugend, 1928



Jugend, 1928 



Simplicissimus, 1932

19 novembre 2012

Le numéro du 12 février 1933


Le numéro du 12 février 1933 est le dernier avant que le Simplicissimus ne bascule et se soumette. À la même date, Thomas Mann se voyait sommé de renoncer à une conférence sur Wagner : http://plusoumoinstrente.blogspot.fr/2012/09/thomas-mann-ecrit-olaf-gulbransson.html. 





Cette couverture fut comprise comme une provocation, prétexte aussi pour se débarrasser du Juif Heine — cruauté d’autant plus grande qu’il se sentait absolument allemand bien avant que d’être juif, comme Max Liebermann, Alfred Döblin et combien d’autres « Juifs assimilés ». Le procès en sorcellerie au sein même de la rédaction, Eduard Thöny et Erich Schilling en tête, l’éjectera, même si une interdiction d’un an seulement fut alors prononcée alors que c'était bien Dachau qui lui était promis. http://plusoumoinstrente.blogspot.fr/2012/10/dernier-printemps.html
Jean-Michel Palmier souligne que pour continuer de travailler, tous les artistes devaient s’affilier aux chambres de culture, ici la chambre d’arts plastiques du Reich, ou celle pour la presse, instaurées par le Dr. Goebbels. Notons également que les dessinateurs satiriques se compromirent dans des proportions infiniment plus grandes que les écrivains et, dans une moindre mesure, que toutes les autres catégories d’artistes, comme si le clivage au sein de cette population vis-à-vis du nazisme ne s’était prononcé qu’en fonction de la « race » de chacun — ce qui ne laisse d’interroger.
Deux mois plus tard Heine prendra le chemin de la Tchécoslovaquie dont la grande générosité envers les proscrits fut particulièrement remarquable.

Le 2 mai 1933, de Prague, hébergé chez le Dr. Alfred Mayer, Heine écrit à Franz Schoenberner, lui aussi exclu du Simplicissimus dont il était le rédacteur en chef, et contraint à l’exil en franchissant les Alpes le 19 mars pour gagner la Suisse en alpiniste, puis en France où à la déclaration de guerre en 1939 il fut détenu au camp des Milles près d’Aix-en-Provence, et enfin aux États-Unis, via Marseille et Lisbonne, grâce à Victor Fry et l’Ermergency Rescue Committee. Cette correspondance dura jusqu’en 1947.

« Nur kurz die Nachricht, daß es mir endlich gelungen ist, hierher zu fliehen. Wie geht es Ihnen ? haben Sie Pläne ? […] Ich schreibe Ihnen bald, hoffe aber bald auf ein Lebenszeichen von Ihnen. Zuletzt war ich fast 3 Wochen in Berlin verborgen. 
Herzliche Grüße
immer Ihr Th. Th. Heine »*

* Pour faire bref, la nouvelle est que j’ai finalement réussi à m’échapper jusqu’ici. Comment allez-vous ? Vous avez des projets ? […] Je vous écris bientôt, mais j’espère aussi bientôt un signe de vie de votre part. En dernier lieu, j’ai été caché près de 3 semaines à Berlin.
Je vous salue de tout cœur, 
votre fidèle Th. Th. Heine





Erich Schilling, thuriféraire du nazisme, veilla de près à l’application de ses préceptes, jusqu’à son suicide en 1945 à l’arrivée des troupes américaines dans sa petite ville bavaroise.




Karl Arnold, bien que certaines biographies bienveillantes ou mal informées écrivent qu’il fut interdit de travail pendant six mois, sa collaboration ne cessa jamais et ce régulièrement jusqu’en 1943 quand il tomba malade (http://plusoumoinstrente.blogspot.fr/2013/10/le-reniement-darnold.html), dirigeant même le Simplicissimus dans les premiers mois de 1934, accompagnant la politique officielle, versant lui aussi dans la caricature antisémite, et réservant son esprit caustique aux adversaires du IIIe Reich, par exemple en transposant la manière dont fut couverte la Première Guerre mondiale par le Simplicissimus, les bellicistes étant toujours français ou anglais (les Soviétiques tirant les ficelles), et pour cela il usa d’un dessin de plus en plus gracieux, d’une absolue perfection formelle.




Quel symbole aussi que soit publié in extremis une critique élogieuse de Solal d’Albert Cohen, dans cette fameuse colonne de critique littéraire commandée par le chien emblème de la revue dessiné en 1895 par Th. Th. Heine. N’oublions pas que le Simplissicimus était une revue littéraire, fondée par l’éditeur Albert Langen qui publia tout ou presque de ce qui compta dans la littérature allemande et mondiale du moment.
Alexander Moritz Frey émigra en Autriche en 1933, puis réussit en 1938 à passer en Suisse, pourtant si peu accueillante.





Marcel Frischmann, Juif galicien, s’exila en Angleterre en passant par la Suisse. http://plusoumoinstrente.blogspot.fr/search/label/Marcel%20Frischmann




Olaf Gulbransson ne montra aucun état d’âme en accompagnant allègrement la nouvelle ligne de la revue à laquelle il collaborait depuis trente ans.




Wilhelm Schulz devint une nazi bon teint (à moins qu’il le fût déjà), comme beaucoup sous couvert d’anticommunisme, le Simplicissimus n’ayant jamais eu la moindre sympathie pour cette idéologie.