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31 mai 2014

Karl Valentin vu du Simplicissimus



Karl Arnold, Simplicissimus, 23 janvier 1928


Si Karl Arnold a illustré un livre de Karl Valentin en 1938, lui et ses collègues du Simplicissimus se sont plu à dessiner sa silhouette dégingandée.
http://plusoumoinstrente.blogspot.fr/2014/05/karl-karl.html



Wilhelm Schulz, Simplicissimus, 5 octobre 1925

Olaf Gulbransson, Simplicissimus, 15 octobre 1928

Olaf Gulbransson, Simplicissimus, 1931

Olaf Gulbransson, Simplicissimus, 17 janvier 1937

Franziska Bilek, Simplicissimus, 30 octobre 1940

n°381

17 décembre 2013

L’irréductible Blix



Blix, 1934
CROISSANCE À LA MODE NAZIE
— Nous ne vous demandons rien à vous les femmes, seulement que vous nous multipliiez !



Après être rentré d’Allemagne en 1919, laissant derrière lui sa collaboration d’une flamboyante qualité avec le Simplicissimus, depuis la Norvège et le Danemark (avant de se réfugier en Suède) Ragnvald Blix (qu’il signe Stig Höök ou Blix) ne se ménage pas dans son combat politique, ne choisissant pas entre Hitler et Staline, plus virulent que jamais à partir de 1933, tandis que sons compatriote Gulbransson, son mentor à ses débuts, qui ne quittera plus l’Allemagne, se compromet sans compter. 


Blix, 1935
CONSPIRATEURS SOUS STALINE
— Tous mes meilleurs amis sont morts.
— En êtes-vous sûr ?
— Oui, je les ai exécutés moi-même. 




Blix, 1934
NOUVEAUX TRIBUNAUX ALLEMANDS
— Nauriez-vous pas un avocat sous la main, cher collègue ?
— Non, je nai pas ce genre d
inhibitions.



Blix, 1933
MÉTHODES RÉVOLUTIONNAIRES
— Petit père, nos livres nont-ils pas été tous détruits 
— Non, nous avons détruit tous ceux qui pouvaient les lire. 


Blix, 1932
CARICATURE DE MUSSOLINI
Je peux facilement être amusé par une caricature de moi-même,
mais Hitler, ça, c’est une insulte.


Stig Höök, 1940
JUSTICE NORVÉGIENNE
Quisling (chef du gouvernement collaborationniste norvégien) /Usling (Misérable)


Stig Höök, 1942
«Je vous envoie une cargaison de Juifs pour vous donner un peu de baume au cœur dans ces moments difficiles.
 J’espère que cela apparaîtra dans les illuminations de Noël. » 


Stig Höök, 1944



26 septembre 2013

La croix de Gulbransson



« Lune ou lautre, de toute façon, il s’agira toujours d’une croix. »
Olaf Gulbransson, Simplicissimus, 22 mai 1932 


Un an plus tard, Olaf Gulbransson, qui n’était pas concerné par ce dilemme, avait choisi sa croix.

Retour sur le basculement du Simplicissimus vers le nazisme :  
http://plusoumoinstrente.blogspot.fr/2012/11/le-numero-du-12-fevrier-1933.html


Ultime couverture de Gulbransson
dans le dernier numéro du Simplicissimus,
13 septembre1944

25 septembre 2013

Collection de soutanes


Afin de mieux situer la relation de Gulbransson au clergé, http://plusoumoinstrente.blogspot.fr/2013/09/histoires-de-clochers.html
rappelons qu’il est norvégien, luthérien, et que le siège du Simplicissimus, Munich, est la capitale de la très catholique Bavière.


Olaf Gulbransson, Simplicissimus, 1905

Olaf Gulbransson, Simplicissimus, 1905

Olaf Gulbransson, Simplicissimus, 1906

Olaf Gulbransson, Simplicissimus, 1907

Olaf Gulbransson, Simplicissimus, 1911

Olaf Gulbransson, Simplicissimus, 1920

Olaf Gulbransson, Simplicissimus, 1927

Olaf Gulbransson, Simplicissimus, 1930

Olaf Gulbransson, Simplicissimus, 1930
Exposition Luther à Coburg
« Les voies du Seigneur sont merveilleuses ! Enfin une hérésie pour favoriser le tourisme en Bavière ! » 

24 septembre 2013

Histoires de clochers


mai 1934

 Curé, reste donc dans ton église !
« Parce que ma foi c’est que j’trouve djà des choses politiques dans not’ bréviaire. »

Olaf Gulbransson, Simplicissimus, 20 mai 1934


juin 1934

Rea Irvin, The New Yorker, 23 juin 1934


23 novembre 2012

Deux fois Heine



Th. Th. Heine sur le sofa, Olaf Gulbransson, 1904,
dessiné pour le catalogue des éditions Langen




Th. Th. Heine, Olaf Gulbransson, vers 1933



19 novembre 2012

Le numéro du 12 février 1933


Le numéro du 12 février 1933 est le dernier avant que le Simplicissimus ne bascule et se soumette. À la même date, Thomas Mann se voyait sommé de renoncer à une conférence sur Wagner : http://plusoumoinstrente.blogspot.fr/2012/09/thomas-mann-ecrit-olaf-gulbransson.html





Cette couverture fut comprise comme une provocation, prétexte aussi pour se débarrasser du Juif Heine — cruauté d’autant plus grande qu’il se sentait absolument allemand bien avant que d’être juif, comme Max Liebermann, Alfred Döblin et combien d’autres « Juifs assimilés ». Le procès en sorcellerie au sein même de la rédaction, Eduard Thöny et Erich Schilling en tête, l’éjectera, même si une interdiction d’un an seulement fut alors prononcée alors que c'était bien Dachau qui lui était promis. http://plusoumoinstrente.blogspot.fr/2012/10/dernier-printemps.html
Jean-Michel Palmier souligne que pour continuer de travailler, tous les artistes devaient s’affilier aux chambres de culture, ici la chambre d’arts plastiques du Reich, ou celle pour la presse, instaurées par le Dr. Goebbels. Notons également que les dessinateurs satiriques se compromirent dans des proportions infiniment plus grandes que les écrivains et, dans une moindre mesure, que toutes les autres catégories d’artistes, comme si le clivage au sein de cette population vis-à-vis du nazisme ne s’était prononcé qu’en fonction de la « race » de chacun — ce qui ne laisse d’interroger.
Deux mois plus tard Heine prendra le chemin de la Tchécoslovaquie dont la grande générosité envers les proscrits fut particulièrement remarquable.

Le 2 mai 1933, de Prague, hébergé chez le Dr. Alfred Mayer, Heine écrit à Franz Schoenberner, lui aussi exclu du Simplicissimus dont il était le rédacteur en chef, et contraint à l’exil en franchissant les Alpes le 19 mars pour gagner la Suisse en alpiniste, puis en France où à la déclaration de guerre en 1939 il fut détenu au camp des Milles près d’Aix-en-Provence, et enfin aux États-Unis, via Marseille et Lisbonne, grâce à Victor Fry et l’Ermergency Rescue Committee. Cette correspondance dura jusqu’en 1947.

« Nur kurz die Nachricht, daß es mir endlich gelungen ist, hierher zu fliehen. Wie geht es Ihnen ? haben Sie Pläne ? […] Ich schreibe Ihnen bald, hoffe aber bald auf ein Lebenszeichen von Ihnen. Zuletzt war ich fast 3 Wochen in Berlin verborgen. 
Herzliche Grüße
immer Ihr Th. Th. Heine »*

* Pour faire bref, la nouvelle est que j’ai finalement réussi à m’échapper jusqu’ici. Comment allez-vous ? Vous avez des projets ? […] Je vous écris bientôt, mais j’espère aussi bientôt un signe de vie de votre part. En dernier lieu, j’ai été caché près de 3 semaines à Berlin.
Je vous salue de tout cœur, 
votre fidèle Th. Th. Heine





Erich Schilling, thuriféraire du nazisme, veilla de près à l’application de ses préceptes, jusqu’à son suicide en 1945 à l’arrivée des troupes américaines dans sa petite ville bavaroise.




Karl Arnold, bien que certaines biographies bienveillantes ou mal informées écrivent qu’il fut interdit de travail pendant six mois, sa collaboration ne cessa jamais et ce régulièrement jusqu’en 1943 quand il tomba malade (http://plusoumoinstrente.blogspot.fr/2013/10/le-reniement-darnold.html), dirigeant même le Simplicissimus dans les premiers mois de 1934, accompagnant la politique officielle, versant lui aussi dans la caricature antisémite, et réservant son esprit caustique aux adversaires du IIIe Reich, par exemple en transposant la manière dont fut couverte la Première Guerre mondiale par le Simplicissimus, les bellicistes étant toujours français ou anglais (les Soviétiques tirant les ficelles), et pour cela il usa d’un dessin de plus en plus gracieux, d’une absolue perfection formelle.




Quel symbole aussi que soit publié in extremis une critique élogieuse de Solal d’Albert Cohen, dans cette fameuse colonne de critique littéraire commandée par le chien emblème de la revue dessiné en 1895 par Th. Th. Heine. N’oublions pas que le Simplissicimus était une revue littéraire, fondée par l’éditeur Albert Langen qui publia tout ou presque de ce qui compta dans la littérature allemande et mondiale du moment.
Alexander Moritz Frey émigra en Autriche en 1933, puis réussit en 1938 à passer en Suisse, pourtant si peu accueillante.





Marcel Frischmann, Juif galicien, s’exila en Angleterre en passant par la Suisse. http://plusoumoinstrente.blogspot.fr/search/label/Marcel%20Frischmann




Olaf Gulbransson ne montra aucun état d’âme en accompagnant allègrement la nouvelle ligne de la revue à laquelle il collaborait depuis trente ans.




Wilhelm Schulz devint une nazi bon teint (à moins qu’il le fût déjà), comme beaucoup sous couvert d’anticommunisme, le Simplicissimus n’ayant jamais eu la moindre sympathie pour cette idéologie.

15 novembre 2012

Le Simplic[issim]us



Antonín Pelc,  Simplicus n°1,
où l’on distingue Karl Arnold, Olaf Gulbransson, Wilhelm Schulz et Eduard Thöny.

Dans l’article ci-dessous, David Alon ne recoupe pas complètement Jean-Michel Palmier qui écrivait que le Simplicus n’avait vécu guère plus d’un an. http://plusoumoinstrente.blogspot.fr/2012/11/simplicissimus-en-exil.html

« Avec la montée des idéologies, la caricature tchèque se politise dans les années 30. En janvier 1934, un groupe d’artistes allemands exilés de l’Allemagne nazie sort à Prague le premier numéro de Simplicus, hebdomadaire satirique. Composé également de nombreux artistes tchèques, Simplicus devient un pôle majeur de lutte contre le danger national-socialiste. Ses armes : l’humour, l’ironie et la satire. On compte, parmi ses signatures, les caricaturistes Antonín Pelc et Adolf Hoffmeister.

Le thème du corps, qui revient souvent au long des publications, est d’abord un prétexte pour s’éloigner de l'esthétique nazie, basée sur la virilité et la masculinité. Il permet aussi, par l’évocation de relations entre nations et religions différentes, de lutter contre les mythes racistes, si puissants dans les années 30. C’est avec une ironie savoureuse que Frantisek Bidlo donne, dans Simplicus, sa définition du mâle aryen idéal : “blond comme Hitler”,“mince comme Goering”, “bien bâti comme Goebbels” et “masculin comme Röhm”. En 1934, se tient, dans la galerie Manes à Prague, la première exposition internationale de la caricature, où les préoccupations contre la montée du fascisme prédominent.
En 1939, Simplicus change de nom pour devenir Le Simple*. Malgré la guerre et l’occupation allemande, la revue maintient un temps ses activités mais ses auteurs sont pourchassés. Adolf Hoffmeister, qui parvient à échapper à la Gestapo, s’exile aux États-Unis après un bref détour par la prison de la Santé à Paris. Dans le recueil Touriste malgré soi, écrit en 1941, il dessine de féroces dessins contre le système nazi. »


* (sic) probablement le Simpl’, comme le Simplicissimus était familièrement nommé.


4 octobre 2012

Un héros peu convaincu


George Grosz, Jugend, 1927


George Grosz raconte dans ses mémoires qu’Alfred Fleschtstein, marchand et mécène, lui commanda le portrait d’un boxeur poids lourd prometteur, Max Schmeling, « arborant sa ceinture bleu de champion ».

Eduard Thöny, Simplicissimus, 1928


Max Schmeling (1905-2005) avait tout pour être le héros aryen mais il ne se soumit pas pour autant à l’idéologie nazie, non sans un certain courage quand il s’est agi de mettre à l’abri des persécutés, et aussi, semble-t-il, avec un certain art de l’esquive.
Il était devenu champion du monde en 1930 en battant Jack Sharkey, défendit une fois son titre contre Young Stribling avant de perdre contre Sharkey en 1932. De même que Mussolini avec Primo Carnera, le IIIe Reich voulut l’instrumentaliser encore plus après qu’il eut battu en 1936 par KO à la douzième reprise le tout jeune Joe Louis (http://www.youtube.com/watch?v=lihT_ewxVko), mais il fut défait deux ans plus tard, toujours au Yankee Stadium de New York, par KO, en deux minutes et quatre secondes (http://www.youtube.com/watch?v=6BLGdFQPh8c), par le même Joe Louis qui fut désigné comme le boxeur du siècle quarante ans plus tard. Les deux boxeurs devinrent de grands amis après la guerre, Schmeling soutenant Joe Louis, malade et ruiné.



Eduard Thöny, Simplicissimus, 1929

Eduard Thöny, Simplicissimus, 1929

Herbert Marxen, Simplicissimus, 1929

Th. Th. Heine, Simplicissimus, 1930

Olaf Gulbransson, Simplicissimus, 1930

Olaf Gulbransson, Simplicissimus, 1930

Wilhelm Schulz, Simplicissimus, 1930

Eduard Thöny, Simplicissimus, 1931

Olaf Gulbransson, Simplicissimus, 1933


Victor Klemperer, dans son journal Mes soldats de papier, écrit en date du 15 juin 1934 : « Depuis hier, je suis accablé par la rencontre d’Hitler et Mussolini à Venise. S’il remporte un succès de politique extérieure, il se maintiendra — Curieux : ce plaisir que j’ai d’apprendre aujourd’hui que le Californien Baer a remporté le championnat du monde de boxe contre le géant italien Carnera. Baer, qui a récemment battu Schmeling, est juif. Notre journal l’a descendu en flamme hier, donnant toutes les chances de victoire à l’Italien […]. »



Erich Schilling, Simplicissimus, 1936

Après un dernier dessin passablement antisémite, préalable à sa défaite contre Joe Louis, publié en 1937 et commis par Erich Schilling (foncièrement compromis, il se suicida en 1945), le Simplicissimus l’oublia. « Après cette défaite, je n’existais plus pour Hitler, mon nom avait disparu des journaux. » 


Erich Schilling, Simplicissimus, 1937