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1 août 2015

Londres 1940



David Low, Evening Standard, 24 septembre 1940



Dimanche 20 octobre (1940)
Pour le reste, rien que des briques et des éclats de bois. Une porte vitrée de la maison voisine pendait. J’ai pu tout juste voir, encore debout, un pan de mur de mon studio. Autrement, rien que des décombres de l’endroit où tant de mes livres ont été écrits. L’air circulait librement là où nous nous sommes assis pendant tant de soirs, où nous avons reçu tant d’amis. L’hôtel n’a pas été touché. De là, je suis allée à Mecklemburgh Square, et revu de nouveau une litière de verre brisé, de fine poussière noire, de plâtre pulvérisé. Miss T., et Miss E. en pantalons, tabliers et marmottes, balayaient. J’ai remarqué que les mains de Miss T. tremblaient de la même façon que celles de Miss Perkins. Naturellement aussi aimables et accueillantes que possible. Conversations désinvolte, saccadée. Répétitions. Quel dommage que nous n’ayons pas reçu sa carte… pour nous épargner le choc… vraiment affreux… En haut, Miss P. réussit à caler pour nous un rayonnage de livres qui penchait. Le parquet de la salle à manger jonché de livres, de verre brisé et ainsi de suite. Dans le salon seulement, les vitres sont encore à peu près intactes, mais le vent soufflait à travers. J’ai commencé à chercher les cahiers de mon journal. Que peut-on bien emporter dans cette petite voiture ? Darwin et l’argenterie ? Quelques verres, quelques porcelaines.
[…]
Il y a une certaine exaltation à perdre ce que l’on possède, sauf qu’à certains moments, je voudrais mes livres, mes chaises, mes tapis, mes lits. J’avais tant travaillé pour les acquérir un par un.
Virginia Woolf, Journal d’un écrivain






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n°473

5 juillet 2015

Roger



Roger Fry, Virginia Woolf 



Membre du Bloomsbury Group, grand ami de Virginia Woolf, Roger Fry meurt en 1934 : « Roger est mort dimanche. Demain, obéissant à quelque instinct, nous irons à ses obsèques. Je me sens comme étourdie, pétrifiée. » (Journal d’un écrivain, mercredi 12 septembre 1934) « Et Roger est mort. Et écrirai-je un livre sur lui ? Et toutes ces cendres qu’il faut remuer, du moins avec le désir d’en faire le plus de feu possible. » (30 décembre 1934)

2 juillet 2015

Un économiste dans le jardin de Virginia



Angelica Garnett, Vanessa et Clive Bell, Virginia Woolf, John Maynard Keynes,
devant l’atelier de Virginia Woolf au fond du jardin de Monk’s House, en 1935



« Thé avec les Keynes. Maynard s’est fait arracher une dent mais s’est montré très bavard. Par exemple : “Oui, j’ai passé trois semaines en Amérique. Un climat impossible. Une véritable collection de tous les défauts des autres climats. Cela étaie ma théorie des climats. Personne ne peut produire quelque chose de grand en Amérique. On transpire toute la journée et la saleté vous colle au visage. Les nuits sont aussi chaudes que les jours. Personne ne dort. Tout le monde doit se démener toute la journée à cause du climat. Je dictais mes articles directement. Je me suis senti parfaitement bien jusqu’à mon départ.” De là, il passe à la politique allemande . “Ils font quelque chose de très bizarre avec leur argent. Je ne peux pas définir quoi, exactement. Cela tient peut-être à ce que les Juifs emportent leurs capitaux. Voyons un peu : si deux mille Juifs emportent chacun deux mille livres. En tout cas, ils n’arrivent pas à payer leurs factures du Lancashire. Les Allemands ont toujours acheté leur coton en Égypte et le font filer dans le Lancashire. La note n’est pas tellement élevée, seulement un demi-million, mais ils ne peuvent pas payer. Par contre, ils n’arrêtent pas d’acheter du cuivre. Pour en faire quoi ? Des armements à coup sûr. Voilà un des exemples classiques du commerce international. Vingt mille personnes sans emploi. Mais naturellement, il y a quelque chose derrière tout ça. Quelle est la cause de la crise financière ? Ils font certainement une bêtise. Le Trésor ne contrôle pas les soldats.” »
Virginia Woolf, Journal d’un écrivain, Lundi 7 août 1934  




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n°468