23 novembre 2012

Deux fois Heine



Th. Th. Heine sur le sofa, Olaf Gulbransson, 1904,
dessiné pour le catalogue des éditions Langen




Th. Th. Heine, Olaf Gulbransson, vers 1933



19 novembre 2012

Le numéro du 12 février 1933


Le numéro du 12 février 1933 est le dernier avant que le Simplicissimus ne bascule et se soumette. À la même date, Thomas Mann se voyait sommé de renoncer à une conférence sur Wagner : http://plusoumoinstrente.blogspot.fr/2012/09/thomas-mann-ecrit-olaf-gulbransson.html





Cette couverture fut comprise comme une provocation, prétexte aussi pour se débarrasser du Juif Heine — cruauté d’autant plus grande qu’il se sentait absolument allemand bien avant que d’être juif, comme Max Liebermann, Alfred Döblin et combien d’autres « Juifs assimilés ». Le procès en sorcellerie au sein même de la rédaction, Eduard Thöny et Erich Schilling en tête, l’éjectera, même si une interdiction d’un an seulement fut alors prononcée alors que c'était bien Dachau qui lui était promis. http://plusoumoinstrente.blogspot.fr/2012/10/dernier-printemps.html
Jean-Michel Palmier souligne que pour continuer de travailler, tous les artistes devaient s’affilier aux chambres de culture, ici la chambre d’arts plastiques du Reich, ou celle pour la presse, instaurées par le Dr. Goebbels. Notons également que les dessinateurs satiriques se compromirent dans des proportions infiniment plus grandes que les écrivains et, dans une moindre mesure, que toutes les autres catégories d’artistes, comme si le clivage au sein de cette population vis-à-vis du nazisme ne s’était prononcé qu’en fonction de la « race » de chacun — ce qui ne laisse d’interroger.
Deux mois plus tard Heine prendra le chemin de la Tchécoslovaquie dont la grande générosité envers les proscrits fut particulièrement remarquable.

Le 2 mai 1933, de Prague, hébergé chez le Dr. Alfred Mayer, Heine écrit à Franz Schoenberner, lui aussi exclu du Simplicissimus dont il était le rédacteur en chef, et contraint à l’exil en franchissant les Alpes le 19 mars pour gagner la Suisse en alpiniste, puis en France où à la déclaration de guerre en 1939 il fut détenu au camp des Milles près d’Aix-en-Provence, et enfin aux États-Unis, via Marseille et Lisbonne, grâce à Victor Fry et l’Ermergency Rescue Committee. Cette correspondance dura jusqu’en 1947.

« Nur kurz die Nachricht, daß es mir endlich gelungen ist, hierher zu fliehen. Wie geht es Ihnen ? haben Sie Pläne ? […] Ich schreibe Ihnen bald, hoffe aber bald auf ein Lebenszeichen von Ihnen. Zuletzt war ich fast 3 Wochen in Berlin verborgen. 
Herzliche Grüße
immer Ihr Th. Th. Heine »*

* Pour faire bref, la nouvelle est que j’ai finalement réussi à m’échapper jusqu’ici. Comment allez-vous ? Vous avez des projets ? […] Je vous écris bientôt, mais j’espère aussi bientôt un signe de vie de votre part. En dernier lieu, j’ai été caché près de 3 semaines à Berlin.
Je vous salue de tout cœur, 
votre fidèle Th. Th. Heine





Erich Schilling, thuriféraire du nazisme, veilla de près à l’application de ses préceptes, jusqu’à son suicide en 1945 à l’arrivée des troupes américaines dans sa petite ville bavaroise.




Karl Arnold, bien que certaines biographies bienveillantes ou mal informées écrivent qu’il fut interdit de travail pendant six mois, sa collaboration ne cessa jamais et ce régulièrement jusqu’en 1943 quand il tomba malade (http://plusoumoinstrente.blogspot.fr/2013/10/le-reniement-darnold.html), dirigeant même le Simplicissimus dans les premiers mois de 1934, accompagnant la politique officielle, versant lui aussi dans la caricature antisémite, et réservant son esprit caustique aux adversaires du IIIe Reich, par exemple en transposant la manière dont fut couverte la Première Guerre mondiale par le Simplicissimus, les bellicistes étant toujours français ou anglais (les Soviétiques tirant les ficelles), et pour cela il usa d’un dessin de plus en plus gracieux, d’une absolue perfection formelle.




Quel symbole aussi que soit publié in extremis une critique élogieuse de Solal d’Albert Cohen, dans cette fameuse colonne de critique littéraire commandée par le chien emblème de la revue dessiné en 1895 par Th. Th. Heine. N’oublions pas que le Simplissicimus était une revue littéraire, fondée par l’éditeur Albert Langen qui publia tout ou presque de ce qui compta dans la littérature allemande et mondiale du moment.
Alexander Moritz Frey émigra en Autriche en 1933, puis réussit en 1938 à passer en Suisse, pourtant si peu accueillante.





Marcel Frischmann, Juif galicien, s’exila en Angleterre en passant par la Suisse. http://plusoumoinstrente.blogspot.fr/search/label/Marcel%20Frischmann




Olaf Gulbransson ne montra aucun état d’âme en accompagnant allègrement la nouvelle ligne de la revue à laquelle il collaborait depuis trente ans.




Wilhelm Schulz devint une nazi bon teint (à moins qu’il le fût déjà), comme beaucoup sous couvert d’anticommunisme, le Simplicissimus n’ayant jamais eu la moindre sympathie pour cette idéologie.

17 novembre 2012

À Prague avec Antonín Pelc



Antonín Pelc, Le manifeste tchèque du surréalisme, 1935

Antonín Pelc est né le 16 janvier 1895 à Lišany u Rakovníka en Tchécoslovaquie, dessinateur, peintre et illustrateur, il débute en 1919 dans le šibeničky après des études aux Beaux-Arts de Prague de 1913 à 1916 et sa démobilisation, pour devenir dans les années vingt un caricaturiste politique très en vue, dans le Simplicus http://plusoumoinstrente.blogspot.fr/2012/11/le-simplicissimus.html, le Rude Pravo communiste, Lidové NovinyKulturní tvorbaLiterární noviny… jusqu’à publier dans le New York Times. Très impliqué dans le combat antifasciste, il dut s’exiler en 1939 mais, après un séjour à la Santé, il fut interné en France au camp de Damigny, gagne la Maroc en 1940, où il est de nouveau arrêté et interné, puis la Martinique, avant de réussir à atteindre les États-Unis, où il expose en 1943 au musée d’art moderne de New York en compagnie de son ami Adolf Hoffmeister avec lequel il avait partagé son périple, avant de revenir dans son pays à la Libération pour y devenir professeur, d’abord à l’École des arts appliqués puis à l’Académie des Beaux-Arts de Prague, se consacrant principalement à la peinture tout en soutenant le régime communiste dont il reçut tous les honneurs comme celui d’“Artiste national” en 1963. 
Il meurt en 1967, alors que débute le “Printemps de Prague”.



Antonín Pelc, Národní divadlo o sobě, 1935-36


Antonín Pelc, Autoří podpisují svá díla1935-36


Antonín Pelc, Divadla se připravují, 1935-36


Antonín Pelc, Šetřte plynem!, 1935-36


Antonín Pelc, Volební týden výtvarného umění, 1935-36

15 novembre 2012

Le Simplic[issim]us



Antonín Pelc,  Simplicus n°1,
où l’on distingue Karl Arnold, Olaf Gulbransson, Wilhelm Schulz et Eduard Thöny.

Dans l’article ci-dessous, David Alon ne recoupe pas complètement Jean-Michel Palmier qui écrivait que le Simplicus n’avait vécu guère plus d’un an. http://plusoumoinstrente.blogspot.fr/2012/11/simplicissimus-en-exil.html

« Avec la montée des idéologies, la caricature tchèque se politise dans les années 30. En janvier 1934, un groupe d’artistes allemands exilés de l’Allemagne nazie sort à Prague le premier numéro de Simplicus, hebdomadaire satirique. Composé également de nombreux artistes tchèques, Simplicus devient un pôle majeur de lutte contre le danger national-socialiste. Ses armes : l’humour, l’ironie et la satire. On compte, parmi ses signatures, les caricaturistes Antonín Pelc et Adolf Hoffmeister.

Le thème du corps, qui revient souvent au long des publications, est d’abord un prétexte pour s’éloigner de l'esthétique nazie, basée sur la virilité et la masculinité. Il permet aussi, par l’évocation de relations entre nations et religions différentes, de lutter contre les mythes racistes, si puissants dans les années 30. C’est avec une ironie savoureuse que Frantisek Bidlo donne, dans Simplicus, sa définition du mâle aryen idéal : “blond comme Hitler”,“mince comme Goering”, “bien bâti comme Goebbels” et “masculin comme Röhm”. En 1934, se tient, dans la galerie Manes à Prague, la première exposition internationale de la caricature, où les préoccupations contre la montée du fascisme prédominent.
En 1939, Simplicus change de nom pour devenir Le Simple*. Malgré la guerre et l’occupation allemande, la revue maintient un temps ses activités mais ses auteurs sont pourchassés. Adolf Hoffmeister, qui parvient à échapper à la Gestapo, s’exile aux États-Unis après un bref détour par la prison de la Santé à Paris. Dans le recueil Touriste malgré soi, écrit en 1941, il dessine de féroces dessins contre le système nazi. »


* (sic) probablement le Simpl’, comme le Simplicissimus était familièrement nommé.


14 novembre 2012

Simplicissimus en exil






« [Le Simplicissimus] reparut à Prague en langue allemande et tchèque, dirigé par Heinz Pol, s’efforçant de redonner vie au Simplicissimus de Thomas Th. Heine sous le titre Der wahre Simplicissimus. Th. Th. Heine [qui était réfugié alors en Tchécoslovaquie] désavoua le journal par peur des réactions nazies et menaça d’un procès la rédaction de Prague. Celle-ci reconnut dans un article que Th. Th. Heine n’avait aucun rapport avec le journal. Le premier numéro de Simplicus parut le 25 janvier 1934, raillant le Simplicissimus qui avait fait la paix avec les nazis. Il cessa de paraître le 26 juin 1935, faute de moyens financiers. »

Jean-Michel Palmier, Weimar en exil, note 2, p. 209.

12 novembre 2012

quatre-vingts ans



Henri Puymoret, 1946-47

Henri Puymoret est né le 12 novembre 1932, il y a donc exactement quatre-vingts ans aujourd’hui.


11 novembre 2012

Le culot d’Oskar Maria Graf



Oskar Maria Graf, Georg Schrimpf (1889-1938), 1918

Jean-Michel Palmier, dans son livre Weimar en exil, cite un poème de Brecht qui évoque la figure de « l’auteur bavarois Oskar Maria Graf, dont le nom avait été oublié sur les listes des proscrits [dont les livres furent livrés aux autodafés de 1933], ce qu’il considéra comme une insulte infamante. Aussi écrivit-il à Hitler pour demander que cet oubli qui le déhonorait soit réparé :


Un poète expulsé, l’un des meilleurs, étudiant la liste
des livres brûlés, découvrit avec épouvante que les siens
avaient été oubliés. Il se précipité à son bureau,
La colère lui donnait des ailes, et écrivit dans une lettre aux despotes.

“Brûlez-moi !” — écrivait-il d’une plume rapide — Brûlez-moi !
Ne me faites pas ce coup-là ! Ne me laissez pas de côté !
N’ai-je pas

Toujours relaté la vérité dans mes livres ? Et voilà que
Vous me traitez maintenant comme un menteur ! Je vous l’ordonne :
“Brûlez-moi”. »
Bertolt Brecht, Poèmes IV (L’Arche)


En note de bas de page, Jean-Michel Palmier précise :
« Ni juif ni communiste, [Oskar Maria Graf] avait été curieusement omis sur les “listes noires”. Bien plus, ses ouvrages figuraient sur les “listes blanches” parmi les “bons ouvrages”. Cela montre que les nazis ne les avaient pas lus et s’en tinrent à sa qualité de “bavarois”. L’œuvre recommandée, Wir sind Gefangene…, était une autobiographie de jeunesse, particulièrement politique et virulente, qui avait déjà fait scandale. Cet oubli est d’autant plus curieux que son appartement avait été fouillé par les SA qi lui confisquèrent ses manuscrits. Horrifié à l’idée de passer pour un représentant du “nouvel esprit allemand”, O. M. Graf écrivit cette admirable lettre où il demandait ce qu’il avait fait pour mériter un tel déshonneur. Il demandait que ses livres fussent brûlés, purifiés par les flammes et ne traînassent pas entre les mains sanglantes d’une bande d’assassins. Les nazis répondirent à sa demande en organisant un autodafé spécial pour ses livres, devant l’université de Munich, et il perdit la nationalité allemande dès juin 1933. À de nombreuses reprises, O. M. Graf s’illustra par la même insolence. Il n’hésita pas à se présenter au Ier Congrès des écrivains soviétiques en costume bavarois, à la grande joie des enfants ravis de voir ce géant en culotte courte. Quand on lui proposa de rendre visite à Lénine dans son mausolée, il se déclara enchanté de “rendre visite à Blanche-Neige dans son cercueil de verre”. En exil en Amérique, O. M. Graf continua à s’exprimer dans la seule langue qui, par sa beauté, lui semblait mériter de détrôner l’anglais comme langue de communication universelle : le dialecte bavarois. »

Oskar Maria Graf, 1935

Rudolf Schlichter, Oskar Maria Graf, 1927



 Walter Schulz-Matan, Oskar Maria Graf, Jugend, 1927


Oskar Maria Graf fut un auteur régulièrement accueilli dans les pages du Simplicissimus entre 1923 et 1933. Né en Bavière 1894, émigra à New York — il s’obstina à n’y parler que le bavarois — où il mourut en 1984.


O. M. Graf & Eduard Thöny, Simplicissimus, 22 septembre 1924




9 novembre 2012

Rendez-vous manqué à New York


« Un beau jour de 1933, Clifton Fadiman me dit : “George, pourquoi ne collaborais-tu pas au New Yorker ?”
“Volontiers, répondis-je. Sure…”
À l’époque, Fadiman n’était pas encore un pape de la littérature et une vedette de la radio — il travaillait comme critique littéraire au New Yorker, magazine illustré. Il me promit de parler de moi à qui de droit*. Mes dessins étant tout à fait pour le New Yorker.
Mais il advint ce qu’il advient généralement en pareil cas — je n’en ai plus jamais entendu parler. C’était donc que je n’avais pas ma place au New Yorker. »

George Grosz, Un petit oui et un grand non (éd. Jacqueline Chambon)

* Peut-être Rea Irvin, qui aurait pu considérer Grosz comme trop radical pour le New Yorker. En revanche, osons la conjecture que Karl Arnold y aurait été accueilli avec tous les fastes.


Real Life, George Grosz, Esquire, juin 1937
 http://www.moellerfineart.com/exhibitions/2010-04-20_george-grosz-esq/

Georges Grosz se consola, très modestement cependant, dans Vanity Fair, le Harper’s Bazaar et Esquire (de septembre 1936 à janvier 1939) « une jolie revue pour “College Boys” et autres célibataires », écrit-il, qui accueillait tout de même des auteurs renommés comme John Dos Passos, Francis Scott Fitzgerald, John Steinbeck et même Thomas Mann.

Le seul numéro où George Grosz est crédité en couverture, pour ses débuts,
à côté de la mascotte Esky quElmer Simms Campbell, qui fut son élève, animait chaque mois :
http://plusoumoinstrente.blogspot.fr/2012/08/un-peu-plus-sur-elmer.html


Du Grosz rare d’avant l’Amérique : http://50watts.com/2516122/Weimar-Whiplash-Twenty-One-Book-Covers-by-George-Grosz

6 novembre 2012

La cote de Dada


Après Karl Arnold, au tour de George Grosz de donner un avis sur l’art et son marché.


George Grosz, Simplicissimus, 10 juillet 1932
Appréciation difficile : « Vous savez, madame, aujourd’hui nous devons juger une œuvre d’art juste selon trois points de vue : d’après sa valeur idéale, sa valeur illusoire et sa valeur de saisie !  »



« On n’avait encore jamais rien vu de comparable à cet “art” dada naissant. C’était l’art (et même, la philosophie) de la boîte à ordures. Le chef de cette “école” était une certain Schwitters, de Hanovre, qui collectionnait tout ce qui lui tombait sous la main — clous rouillés, vieux chiffons, brosses à dents sans poils, mégots, rayons de bicyclette, ou encore un morceau de parapluie cassé. Ces objets, il les récupérait dans les dépôts d’ordures et Dieu sait où… Tous les objets dont l’humanité se débarassait parce qu’ils étaient devenus inutilisables, Schwitters les collectionnait. Il disposait soigneusement ses petits tas d’ordures sur de vieilles planches ou des toiles, les collait ou les fixait avec du fil de fer ou de la ficelle, puis il exposait ses œuvres d’“art du déchet” (“Merz”), les mettant éventuellement à la vente. Nombre de critiques, pour ne pas être en reste, ne tarissait pas d’éloges pour cet “art” qui consistait à se payer la tête du public et qu’ils prenaient néanmoins fort au sérieux… Seul l’Allemand moyen, qui, lui, n’entendait rien à l’art, réagissait sainement en disant que les œuvres dada n’était qu’un fatras d’inepties, de camelote et d’ordures — toutes matières dont il était effectivement constitué… »

George Grosz, Un petit oui et un grand non (1946)

4 novembre 2012

L'art selon Karl Arnold (un peu plus tôt)

Reculons un peu dans le temps par rapport à l’épisode précédent, quand Karl Arnold, s’il publie déjà beaucoup dans le Simplicissimus, est bien plus en vue dans le Jugend (fondé quinze ans plus tôt comme support emblématique d’un mouvement artistique), même si l’humour y restait marginal, en contrepoint de l’esprit de sérieux qui gouvernait leur esthétique.


Karl Arnold, Jugend, 1910

Karl Arnold, Jugend, 1910

Karl Arnold, Jugend, 1911

Karl Arnold, Simplicissimus, 1912

Karl Arnold, Jugend, 1913

Karl Arnold, Jugend, 1914

Karl Arnold, Jugend, 1914



2 novembre 2012

L’art selon Karl Arnold


Entre 1914 et 1917, Karl Arnold est en garnison à Lille, sous-officier dans les troupes allemandes qui occupent le nord de la France, comme la Belgique. Ça ne l’empêche pas d’envoyer des dessins au Jugend et au Simplicissimus. Ces années-là voient sa personnalité s’affirmer, où il s’affranchit de l’influence de Lautrec, qu’il vénère, de Pascin et Bruno Paul, en privilégiant un trait raffiné, entretenant cependant une familiarité avec Grosz, son cadet de dix ans, qui se réclame aussi de Bruno Paul (http://brunopaul.blogspot.fr), et comme lui se manifeste comme un des chroniqueurs majeurs de la république de Weimar, l’un ironique (toujours), corrosif (souvent) mais empathique (largement), l’autre plus abrupt, pas aimable, sarcastique, agressif*. « […] croire en la bonté de l’homme. Mais quelque chose en moi s’y refusait. Déjà en ce temps-là, bien qu’étant encore un jeune homme capable de s’exalter pour une prétendue révolution, j’étais trop peu doué pour les douces et nobles vertus de la foi », écrit Grosz dans ses mémoires, Un petit oui et un grand non, où il ne mentionne pas le moindre lien avec son confrère qu’il côtoya dans les pages du Simplicissimus de 1926 à 1932, avant son départ pour les États-Unis. 

« Ces comparaisons ne sont jamais parfaites, je trouve — elles sont jolies pour la démonstration — mais quelqu’un d’autre peut de la même façon démontrer le contraire. » 
Karl Arnold à son frère Max



Karl Arnold, Jugend, 1915 (réalisé en 1913)


Karl Arnold, Jugend, 1916

Karl Arnold, Jugend, 1917 (réalisé probablement des années plus tôt)

Karl Arnold, Jugend, 1917

Karl Arnold, Simplicissimus, 19 mai 1920

Karl Arnold, Jugend, 1922

Karl Arnold, Simplicissimus, 26 mai 1924

Karl Arnold, Simplicissimus, 9 juin 1924


Karl Arnold, Simplicissimus, 29 juin 1925

Karl Arnold, Simplicissimus, 14 décembre 1925
.

31 octobre 2012

D’après des dessinateurs américains


Après Töpffer, Karl Arnold se souvient de ses aînés américains, en mettant les rieurs de son côté.  


Karl Arnold, Simplicissimus, 20 septembre 1922
Mutt and Jeff, Bud Fisher, 
Jiggs and Maggie (La famille Illico), George McManus, 
Katzenjammer Kids, Rudolph Dirks (allemand de naissance) et Katzenjammer Kids, Rudolph Dirks
Happy Hooligan, Frederick Burr Opper
Little Jimmy, James Swinnerton



30 octobre 2012

Quand Karl Arnold découvre Töpffer

En 1915, dans une lettre à son frère Max postée de Lille, Karl Arnold parle de sa lecture d’une monographie de Rudolph Töpffer par Ernst Schur, parue trois années plus tôt, à Berlin, chez Bruno Cassirer.



« Die Töpffer Monographie ist sehr gut zu lesen. Aber vom Bilderroman «Eine Reise in Zick-Zack» habe ich bis jetzt noch nicht gelesen — ob der «Entdecker» Schur davon nichts weiß? Ich sah das Buch (die Wiedergabe der Zeichnungen war der Holzschnitt) damals in Paris. Es war mir zu teuer. Nun fand ich es ja bei Hugendubel (15 M) […]. Ich verstehe den Töpffer viel besser — er gefällt mir mehr als damals — ich habe jetzt beim Ansehen der Zeichnung wirklich viel Freude. — Ich habe übrigens oft bemerkt, daß Du eine bessere Nase hast in solchen Dingen — ich bin da schwerfälliger — wohl «beruflich behindert» — Mich wundert übrigens, daß Schur den Pascin nicht herangezogen hat in seinen Gegenüberstellungen (Busch u. s. w.). Diese Vergleiche hinken immer, find ich — sie sind schön zu beweisen — aber ein Anderer kann auch schön das Gegenteil beweisen. Aber sonst ist das Buch sehr sachlich. »*

Karl Arnold, Simplicissimus, 1918

Karl Arnold, Simplicissimus, 1918

* La monographie de Töpffer est une excellente lecture. Mais je n’ai pas pu lire encore son roman graphique Voyage en zig-zag — saurais-tu quelque chose sur Schur, son « découvreur » ? J’avais vu le livre (la reproduction des dessins est en gravure sur bois) à lépoque à Paris. C’était trop cher. Tout récemment, je l’ai trouvé bien meilleur marché chez Hugendubel (15 M) […]. Je comprends beaucoup mieux Töpffer — il me plaît davantage qu’avant — j’ai maintenant un vrai goût à observer son dessin. — D’ailleurs, j’ai souvent remarqué que tu as un bien meilleur nez que moi sur de telles choses — j’ai du mal — et « coincé professionnellement » — Je suis surpris que Schur n’ait pas pensé à Pascin dans ses juxtapositions (Busch, etc.). Ces comparaisons ne sont jamais parfaites, je trouve — elles sont jolies pour la démonstration — mais quelqu’un d’autre peut de la même façon démontrer le contraire. Mais sinon, le livre est très objectif.


26 octobre 2012

Walt et Walter






Rêvons que Walter Benjamin ait pu connaître cette forme première, au commencement si peu « mécanisée ».  

«  […] Ainsi, dans l’antique vérité hératiclienne — les hommes à l’état de veille ont un seul monde commun à tous, mais pendant le sommeil chacun retourne à son propre monde — le film a fait une brèche, et notamment moins par des représentations du monde onirique que par la création de figures puisées dans le rêve collectif, telles que Mickey Mouse, faisant vertigineusement le tour du globe.
Si lon se rend compte des dangereuses tensions que la technique rationnelle a engendrées au sein de léconomie capitaliste devenue depuis longtemps irrationnelle, on reconnaîtra par ailleurs que cette même technique a créé, contre certaines psychoses collectives, des moyens dimmunisation, à savoir certains films. Ceux-ci, parce quils présentent des fantasmes sadiques et des images délirantes masochistes de manière artificiellement forcée, préviennent la maturation naturelle de ces troubles dans les masses, particulièrement exposées en raison des formes actuelles de léconomie. Lhilarité collective représente lexplosion prématurée et salutaire de pareilles psychoses collectives. Les énormes quantités dincidents grotesques qui sont consommées dans le film sont un indice frappant des dangers qui menacent lhumanité du fond des pulsions refoulées par la civilisation actuelle. Les films burlesques américains et les bandes de Disney déclenchent un dynamitage de l'inconscient [11]. Leur précurseur avait été l'excentrique. Dans les nouveaux champs ouverts par le film, il avait été le premier à s'installer. Cest ici que se situe la figure historique de Chaplin. »


note [11] : « Il est vrai quune analyse intégrale de ces films ne devrait pas taire leur sens antithétique. Elle devrait partir du sens antithétique de ces éléments qui donnent une sensation de comique et dhorreur à la fois. Le comique et lhorreur, ainsi que le prouvent les réactions des enfants, voisinent étroitement. Et pourquoi naurait-on pas le droit de se demander, en face de certains faits, laquelle de ces deux réactions, dans un cas donné, est la plus humaine ? Quelques-unes des plus récentes bandes de Mickey Mouse justifient pareille question. Ce qui, à la lumière de nouvelles bandes de Disney, apparaît nettement, se trouvait déjà annoncé dans maintes bandes plus anciennes : faire accepter de gaieté de cœur la brutalité et la violence comme des caprices du sort. »

Walter Benjamin, L’Œuvre dart à l’époque de sa reproduction mécanisée 
(version de 1936, traduction : Pierre Klossowski) 

23 octobre 2012

Dürer et l’Art moderne


Karl Arnold, numéro spécial Dürer du Simplicissimus, 9 avril 1928, à l’occasion des quatre cents ans de sa mort. 
« De toute ma vie je n’ai rien vu qui réjouisse mon cœur comme cette chose. »

Fondé en 1910 à Berlin, Der Sturm était l’emblème de la modernité en art. 
En novembre de la même année, Karl Arnold exposa ses œuvres à la galerie d’art moderne Wertheim de Berlin, sous le titre de Gemüt in Zeitlupe (L’esprit au ralenti).

Quatorze ans plus tôt, Karl Arnold confrontait déjà l’Ancien et le Moderne.

Karl Arnold, Simplicissimus, 26 janvier 1914

Karl Arnold, Simplicissimus, 16 févier 1914